SCÈNE X
EUTYCLÈS, seul.
Des larmes à présent ! Faut-il, quoi que j'en aie, Garder à contre-cœur l'air riant, l'humeur gaie? Attentif et charmé, me faut-il constamment Prendre les yeux, le geste et la voix d'un amant? Et faut-il, en dépit de moi, que j'asservisse Toutes mes volontés aux hasards d'un caprice? Ah ! si j'étais encor plus jeune de deux ans ï Ah ! si j'étais encor pour les yeux complaisans Des vierges de l'Attique, un mari qu'on désire... J'aimerais mieux briser sous ma main en délire Les autels de Junon, que d'accepter encor Ce joug, qui n'en est pas moins lourd pour être d'or.
Vouloir et ne pouvoir 1 Sentir une barrière S'opposer à mes pieds appelant la carrière !
Me sentir enchaîné sur le chemin battu, Quand j'ai soif de la vie et soif de l'inconnu ! L'inconnu ? c'est le mot de l'énigme éternelle... Et quand à sa poursuite, éperdu, j'ouvre l'aile, Et quand, pour le saisir, je veux ouvrir la main, Il me faut aujourd'hui, comme hier, comme demain, Compter et recompter mes pas dans la limite Que borne l'horizon de ma maison maudite !...