DO^A BEATRIZ, DON JORGE
DO S A BEATTxlZ, se relevant et venant à don Jorgr.
Maintenant que j'ai remercié Dieu, me voilù.
Pourquoi venez-vous ici?
DOÂA BEATRIZ.
Tu es vivant! merci! Depuis liier, je ne respirais plus. Cet enterrement auquel tu avais prié le roi m'étoufTait. Tu ne sais pas la nuit que j'ai passée! Et ce matin ! on ne voulait pas me laisser entrer. Il me semblait que je ne te reverrais jamais. Oh! que j'aie besoin delà violence pour arriver à mon enfant! A présent, causons. Pour qui est cette fosse? N'importe, tu es vivant; qu'elle soit pour qui elle voudra, puisqu'elle n'est pas pour toi !
DON JORGE
Qui vous dit qu'elle n'est pas pour moi?
DON A BEATRIZ.
Pour toi! Es-tu insensé? Puisque tu es vivant!
DON JORGE
Vous croyez?
DONA BEATRIZ.
Je crois que tu es vivant !
2Ci LES FUNÉRAILLES DE L'HONNEUR.
DON JORGE
Madame, allez-vous-en. L'heure approche où il va se faire ici une chose que je ne désire pas que vous voyiez.
DON A BEAT RIZ
Tu ne vas pas te . . . !
JNon. Allez-vous-en.
Je ne m'en irai pas!
DON JORGE
Savez-vous à quoi vous vous exposez en restant'
DON A BEATRIZ.
Si j'en meurs, tant mieux !
DON JORGE
Ne restez pas. Rappelez-vous de qui je descends. Rappelez-vous Ruj^ Gonzalès. 11 n'était question dans toute la Castille que du château que don Ruy Gonzalès venait de se faire bâtir. Le roi d'alors écrivit à don Ruy que sa reine était curieuse de voir ce château, et qu'elle viendrait le visiter tel jour. Don Ruy récompensa largement le messager de cette grande nouvelle, acheva vite d'orner ses murs, et prépara une hospitalité digne de l'hôtesse. Au jour dit, les clairons sonnèrent, don Ruy sortit avec tous ses gentilshommes, et vit arriver, la bannière royale au vent, une cavalcade nombreuse, la moitié de la cour, et, au centre, au lieu de la reine, la maîtresse du roi. Ruy Gonzalès était vieux, il n'avait pas appris à désobéir au roi; il