‹ Théatre complet (volume 2)Chapitre 160 sur 163 · ACTE SEPTIÈME. 2G · texte numérisé non relu

ACTE SEPTIÈME. 2G

ne témoigna aucune colère, salua cette femme que le roi lui envoyait, la laissa entrer, commander, rire, manger le repas de la reine, coucher dans le lit de la reine, lui fut poli tout le jour et tout le lendemain, et, quand elle voulut partir, la reconduisit jusqu'au bout du pont. Seulement, dès qu'elle ne fut plus chez lui, sans attendre son remercîment, sans la saluer, sans la connaître, il rentra, prit une pioche, comme j'ai pris celle-ci, monta sur sa tour, et, appelant ses serviteurs, don Ruy Gonzalès se mit à démolir sa maison offensée, trouvant que le seul château habitable, c'est l'honneur. Madame, don Ruy Gonzalès était mon grand-père. Je suis donc d'un sang qui n'a pas de patience pour la honte. Ne restez pas ici.

DONA BEATRIZ.

Que vas-tu faire? Pourquoi es-tu dans ce cloître? Les fautes ne doivent être expiées que par les coupables. Toi, tu es innocent, tu n'as pas le droit de te punir. Tu ne peux plus rien contre le roi; c'est vrai. Oh! non, rien. Il t'est sacré, tu l'as dit. Mais me voici, moi. C'est moi qui ai commis le mal. C'est moi qui dois l'expier. J'entrerai dans un couvent, et j'y ferai une telle pénitence qu'elle couvrira toute ma faute. J'y pleurerai jusqu'à ce que ma honte en soit lavée. Alors, tu pourras lever la tête, reprendre ta vie, faire la guerre...

DON JORGE

Servir le roi.

DONA BEATRIZ.

Tu ne feras pas la guerre. Tu as des châteaux et

des villes, tu resteras chez toi, parmi tes vassaux qui t'aimeront et qui te respecteront. Ou bien, si l'oisivetc t'ennuie, il n'y a pas que la Castille, tu iras où tu voudras, en Angleterre ou en France; avec ton nom et ta figure, tu seras bienvenu partout. Mon Jorge, ne te ferme pas la vie. Je suis à tes pieds. Ne crois pas que je t'en veuille de ta rigueur avec moi, je t'en admire. Je suis fière de t'avoir pour fils. Tu mériterais une autre mère.

DON JORGE

Ce que j'ai résolu doit s'accomplir. (Tintement de cloches.) Ceci annonce l'arrivée du roi et le commencement des funérailles. Adieu, madame, pour toujours.

( Il sort. )

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