ACTE DEUXIÈME
Z.ORZO.
En rougissant. Me déranger pour si peu I II faut que la misère des temps soit grande pour que le capitaine Zorzo en tombe à ces frivolités. Je suis capitaine. Mon métier est de recruter des hommes, de les équiper et de les conduire aux princes qui sont en guerre. La bataille d'Almona m'a ruiné. J'avais cent hommes, tous habillés à neuf, des cottes de maille exquises, des casques effrayants, des boucliers où le soleil s'admirait, des lances qui donnaient envie d'être embroché. Nous sommes revenus cinql Je ne me consolerai jamais de la perte de tant d'armures. Les hommes, ce n'est rien ; mais le champ de bataille est resté aux Aragonais, qui ont déshabillé mes morts. Ahl mes beaux justaucorps I ahl mes jambières. chéries! Les cinq armures que nous avons rapportées sont comme vous voyez la mienne, trouées, hachées, éventrées ; les brassards sont en guenilles et les cottes sont en miettes. J'ai fait démon casque une écumoire. Vous comprenez, senora, que je n'ai qu'une idée : retourner à la frontière, reprendre aux Aragonais ce qu'ils m'ont volé, leur arracher tous leurs vêtements ; la nuit, j'ai des rêves où je vois les Aragonais tout nus ! Mais il me faudrait une troupe. Ce n'est pas la troupe qui m'embarrasse, c'est l'équipement. On n'a pas de fer sans argent. C'est ce qui vous explique po;irquoi mon épée est plus longue que mes scrupules. Je fais tout ce qui se paye. Mais quelle chute pour mol, qui tenais la campagne, qui me louais aux princes, qui recevais les belles rançons, qui pillais les châteaux.
qui forçais les femmes! Je me loue maintenant au. premier venu, j'appartiens aux querelles privées, aux choses de famille, aux brouilles de ménage, je venge les maris trompés, je fais épouser les filles séduites, je protège la vertu, pouah l
DOMA FLORINDE.
Vous frapperiez qui je voudrais?
ZORZO.
Qui vous voudriez, — excepté le roi.
DO^A FLORINDE
Ah l excepté le roi I
ZORZO.
Ça va sans dire ; si je le touchais, je serais excommunié.
DONA FLORINDE
Vous tenez à votre âme I et votre métier est le meurtre l
ZORZO.
Oh l chaque fois que je tue, je vais bien vite m'en confesser.
DO^A FLORINDE
Et si vous étiez tué vous-même, et que vous n'eussiez pas le temps d'aller chercher l'absolution?
ZORZO.
Je me confesse toujours de deux ou trois meurtres d'avance.
II me suffit que vous fassiez ce qui est convenu.