ACTE SIXIÈME
grâce une fois, je suis sûre que les jeunes gens vous aimeraient. Promettez-moi que, la prochaine fois, vous ferez grâce. Promettez-le-moi. Il le faut absolument.
LE ROI, à part.
Est-ce que?... — Quel soupçon l
DONA. BEATRIZ.
Voyons. Quelqu^un qui saurait quelque chose hésiterait à vous avertir. Je ne dis pas cela pour moi, je ne sais rien. Oh I non, vraiment rien. Mais je saurais quelque chose, j'aurais un soupçon, une frayeur vague, une inquiétude de femme, je n'oserais pas vous en parler. Vous êtes si sévère I Je craindrais de faire condamner un malheureux qui ne serait peut-être aussi coupable que je Taurais cru, qui ne le serait peut-être pas du tout. Au lieu que, si vous étiez miséricordieux, si vous me promettiez de pardonner, je vous préviendrais, je vous sauverais. Ohl ne m'empêchez pas de vous sauver. Que voulez-vous que je fasse ? Ayez pitié de moi. Dîtes que vous ferez grâce une fois. Rien qu'une seule fois. Pour essayer. Après, vous ferez ce que vous voudrez. Je ne vous ai jamais rien demandé, vous savez. Je vous demande cela. Je vous le demande à genoux. Donnez-moi votre parole royale que le premier coupable, seulement le premier, vous lui pardonnerez !
LE ROI, la regardant fixement.
Jorge a donc de mauvais desseins?
Me LES FUNÉRAILLES DE L'HONNEUR.
DOfÏA BEATRIZ.
Jorge! mon filsl
LE ROI
Votre émotion. . . — L'autre nuit, il a défendu IMnfant contre mon alcade. Qu'il prenne garde à lui. Mon nom est Justice.
DOf^A BEATRIZ.
A propos de quoi me faites-vous cette menace? Qu'est-ce que je vous ai fait ? Qu'est-ce que Jorge vous a fait? L'autre nuit, il avait raison. Votre alcade l'offensait et m'offensait moi-même. Jorge est peut-être an peu prompt, je l'ai g&té, c'est ma faute, il se calmera, c'est un enfant.
LE ROI
On est toujours un enfant pour sa mère. Qu'il se surveille. S'il allait trop loin, tout votre fils qu'il est, il ne dépendrait pas de moi de pardonner. L'action juge, moi j'exécute.
DOfïA BEATRIZ.
Je ne sais pas ce que vous avez contre moi. Je ne pensais même pas à don Jorge. Je ne pensais à personne. Je vous dis : Si on avait de mauvais desseins ? Je ne vous dis pas : On en a. Mais vous aimez à me torturer.
LE ROI
Vous m'assurez que don Jorge ne rêve rien de mal?
, nOf^A BEATRIZ.
Mon fils! pourquoi pas moi?