ACTE QUATRIÈME
MINOTORO.
Ne va pas plus loin que je ne dis.
Je conclus seulement de ces bouquets hardis Qu'on aime Jacîntha, non qu'on soit aimé d'elle. Jacintha m'a juré qu'elle m'était fidèle Et je la crois vraiment clouée h son devoir.
Je suis dans un moment où je vois tout en noir.
MINOTORO.
Et puis?
GRIF.
La profondeur de ma mélancolie Çst telle qu'une femme en même temps jolie Et fidèle me semble un beau rêve.
MINOTORO.
Pour qui Dis-tu cela?
GRIF.
J'éprouve un si parfait ennui Que je crève de rire aux serments des maîtresses.
MINOTORO.
En général, c'est vrai, les femmes sont traîtresses, Mais quant à Jacintha, toi-même es convaincu...
GRIF.
Je suis si désolé que je te crois cocu.
MINOTORO.
Dis donc, si tu voulais appliquer ta tristesse A ton propre ménage 1
Grif se tait.
A présent, comment est-ce
Que j*ai su ces bouquets? Connais-mai tout entier. J'avais depuis longtemps prévenu le portier Que si, par connivence ou bien par maladresse, Peu m'importe, il laissait monter chez ma maîtresse Homme, bouquet ou bien le moindre des cadeaux. Je lui ferais ft*otter se? escaliers du dos.
Si bien que, quand le gars dont je paîrai le zèle S'en vient, tout rougissant, dire : « Mademoiselle Jacintha, sMl vous plaît? » croyant déjà sentir Mes poings, le portier jappe : « EUe vient de sortir l »> Et que, toutes les fleurs que cet intrus apporte. C'est moi qui les reçois!
GRIF.
Du moment où la porte Est si bien close, alors qui peut t'inquiéter?
MINOTORO.
Jacintha sort : le gueux n'aurait qu'à l'accoster. Je suis dans un état de rage inexprimable I Un mortel s'est permis l. . . Monstre !
GRIF.
Est-ce un monstre aimablel
MINOTORO.
Je t'ai dit un mortel.
GRIF. j
Eh bien?
Tu n*es pas fort.
Si je le connaissais, je t'aurais dit un mort.