ACTE PREMIER
Choisir ma robe et mettre un nœud dans mes cheveux Sans qu'un monsieur grognon déclare illégitime Ma collerette, et sans qu'un ruban soit un crime ! Je veux m'appartenir! Oh! non, j'en fais serment, Je ne te serai pas infidèle aisément.
Mon cher veuvage ! ô doux ami, par qui nous sommes. Nous sujettes sans toi, les égales des hommes!
Vous êtes par l'amour les égales des dieux ! C'est Platon qui l'a dit en termes radieux. Qu'autrefois on avait double corps et double âme. Et qu'on était d'abord tout ensemble homme et femme; Mais qu'alors nous étions si puissants, que les dieux, Craignant notre grandeur, nous coupèrent en deux. De là, l'amour; la femme et l'homme qui l'éprouvent, Ce sont les deux moitiés d'un cœur qui se retrouvent! De là, tous les ennuis, tous les maux, tout le fiel Dont l'amour est rempli par les jaloux du ciel ! Aimez ! car c'est l'amour qui nous fait vraiment naître, Car on n'est soi qu'à deux, car l'amour c'est tout l'être, Car nous ne sommes pas grand'chose isolément Et nous faisons envie aux dieux en nous aimant.
FIDELINE.
Non ! ne me tentez pas, je ne veux plus de maître. Je ne vous aime pas, mais vous êtes peut-être. De tous ceux que je vois chez moi solliciter. Celui que je serais le plus près d'écouter. Taisez-vous !
BEPPO
Oh! laissez, laissez-vous être tendre!
Pour vous plaire, voyons, que faut-il faire?
FIDELIINE.
Attendre.
BEPPO
Vous nie dites cela depuis quatre longs mois. Et je ne suis pas plus avancé qu'autrefois. Plus d'attente! Il nie faut enfin une réponse!
Il VOUS faut? Vous voyez!
BEPPO
Dites oui, je renonce A toute autre que vous, il en est encor temps; Mais, tenez, Lydia va venir, je l'attends. En approchant ses yeux de flamme, une étincelle, Vraiment, peut me sauter au cœur. Elle est très belle...
FIDELIKE, offeusée.
Vous ne remarquez pas que vous me menacez De ne plus m'aimer!
BEPPO
Non, mais je veux dire...
FIDELINE.
Assez !
Assez! Dépêche-toi, si tu veux qu'on te fasse La grâce de t'aimer encore ! On m'ose en face Dire cela! — Prenez celle que vous voudrez, Pourvu que ce ne soit pas moi, vivez, mourez, Que m'importe? — Adieu.
Elle le quitte brusquement et rentre dans su maison.