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ACTE PREMIER

BEPPO

Ah! si vous vouliez y mettre un peu du vôtre, Si vous vouliez m'aider rien qu'un peu seulement, J'éveillerais en vous le divin sentiment; Mais vous semblez haïr l'amour. 0 Fideline, Quand les beaux soirs de juin parfument la colline Et qu'on voit sur le lac les étoiles trembler. Ne sentez-vous donc pas votre coeur se troubler? Le vent parle d'amour en un ravissant style. C'est donc bien amusant, dites, d'être inutile. D'être la coupe où nul ne boira, le repas Sans convive, la fleur qu'on ne respire pas? C'est donc bien beau d'avoir vingt ans, le charme rare, L'esprit, tout le bonheur d'un homme, et d'être avare? C'est donc bien grand et bien charmant, en vérité, L'égoïsme du cœur?

Dites la liberté !

Vous ne comprenez pas comme ce grand mot vibre Dans le cœur d'une femme. Un homme est toujours libre, Fait tout ce qui lui plaît, va, vient, tout jeune sort Seul le soir, rentre au jour, fait lui-même son sort. Mais nous, il faut toujours obéir. Jeunes filles. On étend sur nos fronts les ailes des familles; On nous garde; on nous tient; on ne nous laisse pas Aller seules; le père a l'œil sur tous nos pas : Où vas-tu? d'où viens-tu? tu vas te compromettre! Le mariage arrive et nous changeons de maître. Et le père n'est rien à côté du mari! Un homme, qui peut être assommant, morne, aigri,

Méchant, peut tout, choisit la maison et la ville,

Kous fait une existence ennuyée et servile.

Surveille tout,* les pas, le geste, le regard,

Et, si sa femme, ainsi froissée, aime autre part

Que sous ce toit maudit, met l'infâme traîtresse

En prison — et s'en va souper chez sa maîtresse.

Le malade sait seul ce que vaut la santé,

Et la femme comprend seule la liberté.

Il n'existe qu'un cas, dans ce long esclavage.

Où nous nous possédions comme vous : le veuvage.

Alors, nous n'avons plus sur ce que nous faisons.

Sur ce que nous disons, sur ce que nous pensons.

L'œil d'un homme. Eh bien, oui, Beppo,majoieest grande

De n'avoir plus toujours quelqu'un qui rae demande

D'où je viens quand je rentre, où je vais, avec qui.

Ce qu'ion m'a dit, pourquoi cette robe aujourd'hui

Plutôt que celle-là, quel passant tout à l'heure

Me saluait, pourquoi je ris, pourquoi je pleure.

Vous, tenez, vous seriez un maître fort gênant.

Oh! vous jurerez tout ce qu'on veut maintenant;

Mais on ne me peut pas dire un mot à l'oreille,

Que votre inquiétude aussitôt ne s'éveille ;

Vous voilà tout à coup sombre jusqu'à demain

Pour un indifférent qui me baise la main;

Dès qu'un plaisir me vient, votre joie est enfuie;

Vous ne vous amusez que lorsque je m'ennuie.

Si vous êtes ainsi déjà, que seriez-vous

Le jour où vous auriez le droit d'être jaloux?

Un souper vous consterne, un bal vous rend malade.

Pour vous plaire, il faudrait que je fusse maussade,

Mal habillée, affreuse. Eh bien, merci ! Je veux

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