ACTE PREMIER
ARMAND
Tellement que je l'ai demandée, vous savez bien. Par malheur, elle était promise de la veille. A monsieur Berteau.
MAUVEnGNAT.
Un petit avocat! Et c'est pour cela que vous vous êtes retiré?
ARMAND
Nous ne pouvions guère l'épouser tous deux.
M AUVERGNAT
Vous pouviez, vous, insister, persévérer, concourir, lutter. Elle aurait préféré un comte à un avocat.
ARMAND
Vous êtes dans les saines doctrines, Mauvergnat. Mais la bourgeoisie est bien gâtée.
MAUVERGNAT.
Je croyais déjà tenir la dot. L'avocat qui me la vole fera bien de ne pas me tomber dans les griffes. Vous savez qu'elle se marie demain?
ARMAND
Oui, mais il y a d'autres usines. Prêtez-moi ce qu'il me faut, et je vous promets de me marier procliainement. Vous en doutez? Ma parole. Avez-vous une femme là? je l'épouse tout de suite. Vous m'en chercherez une. Vrai, je vous y autorise. Mauvergnat, il s'agit d'un engagement d'honneur, les dettes de jeu sont sérieuses...
MAUVERGNAT.
Pas les autres?
ARMAND
Les autres aussi. Je serai coulant sur les conditions.
MAUVERGNAT.
Monsieur le comte, vous insisteriez vainement. Je ne compromettrai pas de nouvelles sommes avant d'être rentré dans celles que j'ai eu Timprudence de risquer sur votre parole.
ARMAND
Non pas! sur mes billets.
Sur votre parole écrite. Ma résolution est prise. Pas un centime jusqu'à ce que vous m'ayez payé.
ARMAND
C'est bien loin.
MAUVERGNAT, le regardant fixement.
Non. Et je vous engage à tâcher que ce soit le plus près possible. Je laisse rire de moi. Usurier, sans cœur, balancier de la Monnaie, faiseur d'argent, ni père, ni homme, plus qu'honnête, repris de justice, vos marivaudages me glissent sur la peau. Je voudrais les sentir! je les ajouterais à votre total. Vous croyez m'humilier en me disant que j'aime l'argent. Vous trouvez cela misérable, l'amour de l'argent, la jouissance de le gagner, une affaire qui tourne comme on l'a dirigée, une ruse qui réussit, un piège bien tendu? Vous trouvez qu'on est l'inférieur de ceu.x qu'on