ACTE PREMIER
que je vais vous pousser ù outrance, c'est pour que, n'ayant plus d'autres moyens de vivre, vous employiez enfin celui que je vous ai indiqué.
ARMAiND.
Quel moyen?
M AUVERGNAT
Ça VOUS serait si facile! Vous êtes comte; il reste des familles qui ont la bonté de tenir au clinquant. De plus, les femmes adorent les mauvais sujets. Surtout les jeunes filles. Pas seulement par curiosité, par bonté aussi, pour les tirer du désordre, pour les améliorer, pour les sauver. .
ARMAND
Quand je vous le disais que vous faisiez de l'argent avec tout : voilà que vous en faites avec la vertu! Vous avez une spécialité terrible. D'ordinaire, on juge les autres d'après soi, et vos pareils ne spéculent que sur le vice. Vous tenez compte, vous, de la dissemblance des âmes; vous croyez au bien, et vous en exploitez toutes les délicatesses et tous les scrupules. Cette nouveauté m'a d'abord un peu surpris. Mais pourquoi ne croiriez-vous pas à la vertu? je crois bien à la Chine, où je ne suis jamais allé!
M AUVERGNAT
De plus, VOUS êtes encore assez bien.
ARMAND
Encore?
MAUVERGNAT.
Un peu fatigué, mais de la race, le regard ferme, les dents belles, la jambe bien faite.
ARMAND
Faut-il que je fasse un temps de galop?
MAUVERGNAT.
11 vous serait donc bien aisé de trouver une fille riche qui...
ARMAND
Qui m'achèterait?
Qui ne vous refuserait pas d'éteindre votre passé. Je vous avais prié de vous marier; mais vous n'avez pas seulement voulu...
ARMAND
Me mettre dans les Petites Affiches,
MADVERGNAT.
Épouser votre cousine.
ARMAND
Comment! je n'ai pas voulu?
MAUVERGNAT.
C'était ce qu'il nous fallait. Une dot parfaite! Le colonel Torelly a la plus forte usine de Vaugirard. Beau-père et oncle, il aurait eu deux raisons de payer vos dettes. Et un détail qui compte pour vous autres, mademoiselle Torelly est jolie.