ACTE PREMIER
MADAME BERTEAU
J'ai réfléchi qu'ayant ma voiture il est plus simple que j'emporte le portrait.
M AUVERGNAT
C'est plus simple, effectivement, (ii monte à récheiie.)
MADAME BERTEAU
Et puis, mon fils est parti de son côté, et alors j'ai de la place dans la voiture. — Vous avez parlé d'un sachet?
MAUVERGNAT.
D'un sachet ?
D'un sachet que vous aviez conservé.
MAUVERGNAT.
Ah! oui. Il est possible que j'aie quelque part un sachet, (n redescend.) Voici la peinture.
MADAME BERTEAU
Ce sachet, seriez-vous assez bon pour me le chercher?
MAUVERGNAT.
Certainement. Je vous le chercherai un de ces jours, dès que j'aurai le temps.
MADAME BERTEAU
Je vous serais obligée de me le chercher tout de suite.
MAUVERGNAT.
Tout de suite? (a pan.j Quel appétit! (Haut.) Si ça
VOUS fait plaisir. — Permettez-moi seulement d'enlever cette poussière, (a essuie le cadre.)
MADAME BERTEAU
Vous le voyiez souvent?
M AUVERGNAT
Fontenay? Tous les jours. Ah! il m'a laissé bien seul, (a se mouche. A part.) Ils croiont quo c'est difficile, leur sensibilité!
Comment vivait-il?
MAUVERGNAT.
Mystérieusement. Jamais un ami. Ne dînant jamais dehors. Il ne sortait que la nuit. Et déguisé. En blouse et en casquette. Je vous laisse à juger le bien que ce mystère-là faisait à son commerce. De peur d'être reconnu à ses tableaux, il les envoyait à l'étranger ; — on ne lui en renvoj^ait pas souvent le prix, naturellement.
MADAME BERTEAU
Ce qu'il recevait suffisait-il...?
MAUVERGNAT.
A mes termes? Tout juste. Je vous réponds qu'il n'a pas mangé tous les jours! Et sa santé s'en est joliment trouvée! Le voilà malade, bon! Eh bien, il a mieux aimé n'avoir ni médecin ni médicaments...
MADAME BERTEAU
Il n'en a pas eu?