‹ Théatre completChapitre 138 sur 176 · ACTE DEUXIÈMK · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈMK

cliotaient un peu. Mais moi, je me disais qu'évidemment vous ne dansiez pas pour la danse. Je n'ai pu m'empêcher de faire attention à vous; je vous ai écouté autrement que les autres, vous parliez autrement aussi, et... Voilà pourquoi je vous demande de prendre des leçons. Je serais jalouse si vous dansiez mal avec une autre.

LOUIS

Parle-moi encore. Quand tu me parles, il me semble que le malheur n'existe pas.

GENEVIÈVE

Vous êtes encore inquiet? Mon histoire de danse ne vous fait pas rire? Je ne vous la disais cependant que pour cela; car moi-même, au fond, je suis un peu émue. C'est plutôt moi qui aurais besoin d'être rassurée. Pas contre vous. Contre quoi? je l'ignore; j'ai un vague tremblement de joie et de terreur. Je suis très heureuse, et pour un rien je pleurerais. Ce n'est sans doute que l'impression du changement de mon existence. Mais vous, je vais vous tranquilliser tout à fait. Louis, je vais vous dire une chose que je vous avais gardée pour aujourd'hui. Vous savez ce que mon père a été pour moi. Un père et une mère. Eh bien, en le voyant si tendre, si dévoué, si uniquement occupé de moi, j'avais eu une idée, je m'étais dit que je le payerais de tous ses sacrifices, et que, puisqu'il n'avait que moi, je ne serais qu'à lui. Ma résolution était prise de ne jamais me marier. Je ne le lui avais pas dit, ni à personne, parce qu'il n'aurait pas accepté. Au contraire, je disais toujours que je me ma-

rierais lorsque je trouverais quelqu'un qui me plairait. Seulement ceux qu'on me proposait ne me plaisaient jamais. Mon père n'avait aucun soupçon. Dès qu'il se présentait un parti, il m'en parlait, il m'en démontrait les avantages, il insislait, quelquefois même il se fâchait. Brave père ! Mais je voyais bien qu'il sortait plus content qu'il n'était entré. Et moi, si vous m'aviez vue rire de ma malice! Mais un jour, celui que mon père m'a proposé, c'a été vous. Allez, vous n'avez pas à craindre que je dise non aujourd'hui, puisque je n'ai pas pu le dire ce jour-là!

LO uis.

Tiens! je t'aime! Pourquoi ne puis-je rien pour toi que t'aimer? Beau mérite! Tout le monde en ferait bien autant. Je te voudrais pauvre, sans famille, abandonnée, pour me prosterner à tes pieds! Ma femme !

GENEVIÈVE

Mon mari ! (lls se regardent avec enivrement, sans se parler, les mains dans les mains. Entre Armand. Geneviève retire ses mains.)

Quelqu'un.

ARMAND

Pardon, j'arrive mal.

GENEVIÈVE

Non, mais on nous attend pour mon voile. Venezvous, Louis? Excusez-nous, mon cousin. Je n'ommène monsieur que pour un instant. Il revient tout de

suite vous tenir compagnie, (l.ouis et Geneviève sortent.]

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