ACTE DEUXIÈME
ARMAND
Je peux même faire le guet.
MAUVERGNAT.
Oui.
ARMAND
Et siffler s'il passe des sergents de ville? A.h çàl Mauvergnat, qu'est-ce que vous tramez?
MADVERGNAT.
II est inutile que vous le sachiez.
ARMAND
Il y a sans doute indiscrétion de ma part à m'informer de mon propre mariage; cependant...
MADVERGNAT.
Mangez donc le dîner sans passer par la cuisine !
ARMAND
Vous craignez que ça ne m'ôte l'appétit?
MAUVERGNAT.
Vous êtes trop heureux qu'il y ait des cuisiniers qui fassent la besogne pour vous. Laissez-moi dépouiller le lapin.
ARMAND
Si atténuante que soit la comparaison, je vous connais trop pour collaborer à un projet de vous sans le connaître, et je désire...
MAUVERGNAT.
Monsieur le comte, vous m'avez donné votre parole II. 17
de vous marier, et je vous offre une femme dont vous êtes amoureux.
ARMAND
Amoureux ?
Vous l'êtes. Elle est ravissante. C'est dit.
ARMAND
A une condition.
MAUVERGNAT.
Laquelle ?
ARMAND
Hier, vous avez embrassé une lettre. Ce n'était pas une lettre contre ma cousine ?
MAUVERGNAT.
Contre votre cousine ?
ARMAND
Je ne crois pas avoir besoin de vous dire que, premièrement, ce n'est pas pour quatre mille francs, ni pour un demi-million, ni pour un million entier, que je vous permettrais d'offenser une femme, — et, secondement, que, s'il existait une lettre qui fît reculer monsieur Berteau, elle ne me ferait pas avancer.
MAUVERGNAT.
La lettre ne parle même pas de mademoiselle Torelly.
ARMAND
Sur quoi me le jurez-vous?