ACTE DEUXIÈME
très bien entendu ce que vous m'avez dit; mais, s'il était vrai que ma fortune ne fût pas à moi, mon mariage serait impossible. Et mon mariage, voyez-vous, c'est ma vie, c'est mon âme, c'est tout. Arrachez-moi le cœur plutôt que Geneviève I Vous ne saviez pas cela. Vous avez pu croire que je l'aimais raisonnablement, que ce ne serait qu'un mariage manqué. Je l'aime avec démence! Je vous en prie, dites-moi que cette lettre ne renferme rien dont j'aie à m'effrayer, que vous vous êtes trompé, qu'il est inutile que je la lise. Je vous avoue que dans ce moment je serais lâche contre le malheur. Je vous en prie!
MADVERGNAT.
Vous ne faites pas attention que vous me demandez de mentir. — Quand j'en serais capable, quand je vous jurerais que cette lettre n'est pas ce qu'elle est, quand je vous le signerais, est-ce que vous me croiriez? Pas d'enfantillage. Vous me priez, vous êtes convaincu. Vous savez dès à présent et pour toujours qu'elle vous dépossède. Ne me la rendez pas, je vous la donne, faites-en ce qu'il vous plaira; vous pouvez la déchirer, la brûler, l'anéantir, — vous ne pouvez pas l'ignorer. Vous me demandez de vous dire qu'il est inutile que vous la lisiez. Je vous le dis. Ne la lisez pas.
LOUIS
Je la lis!
MADVERGNAT.
Vous feriez même mieux de ne pas la lire.
LOUIS, ouvrant la lettre.
C'est récriture de ma mère!
MAU VERGNAT.
Vous la reconnaissez.
LODIS,
Ma mère à présent! — Oh! il faut sortir de cette obscurité! (ii ut.) « Puisque mes larmes ne te retiennent pas, emporte au moins, et garde toujours cette lettre. Je peux mourir, et alors qui resterait à celui pour lequel nous nous sacrifions? Tu reviendrais, n'est-ce pas? Et, si c'était nécessaire, Louis apprendrait par cette lettre ce que tu es, et que tu l'as aimé au point de t'expatrier parce qu'une femme avait trouvé qu'il te ressemblait et t'avait fait craindre que notre faute ne retombât sur notre fils. » Cette lettre est un faux!
MAUVERGNAT.
Vous avez reconnu l'écriture.
LOUIS
C'est un faux! — Et vous faites lire cette lettre au fils!
MAUVERGNAT.
Vous voyez bien, au fils !
LOUIS, allant à lui.
Misérable! (ii va pour le frapper.) Tu ne te battrais pas.
Un pauvre homme comme moi.
LOUIS
Ah ! ton complice. (AUant à la porte et l'ouvrant violemment.)
Venez donc, vous !