ACTE TROISIÈME
remise de votre évanouissement. Votre père ne voulait pas vous laisser venir, il avait raison. Vous lui avez promis de retourner immédiatement si nous ne trouvions personne. Je vous en prie, prenez la voiture. S'il est chez vous, amenez -le-moi. Si c'est moi qui le vois la première, je vous promets de vous avertir.
GENEVIÈVE
N'insistez pas. Ma place est ici.
Chère enfant! — Attendons.
GENEVIÈVE
Attendons. (EUes s'asseoient, silencieuses et accablées.) MADAME BERTEAU.
Chaque voiture qui passe dans la rue me fait mal.
GENEVIÈVE
En voici une qui s'arrête. (Elle court à une fenêtre.)
MADAME BERTEAU
Ah! — Non, elle passe, (silence. — a Genevièrc, qui tressaille.
Eh bien?
GENEVIÈVE
Rien. J'avais cru entendre ouvrir une porte. (Eiie se
rassied.)
MADAME BERTEAU
Oh ! quelle torture d'aimer !
GENEVIÈVE
Ce matin j'étais si heureuse ! (suence.)
MADAME BERTEAU, se levant.
Eh bien, non ! nous avons tort de rester ici.
GENEVIÈVE
Pourquoi?
MADAME BERTEAU
Ce qu'on craint arrive toujours. C'est une superstition, mais je suis persuadée qu'en prévoyant le niallieur on l'appelle. Nous admettons qu'il peut revenir blessé, qu'on peut nous le rapporter mourant. Nous sommes insensées. Je n'admets pas cela! je n'y consens pas! je ne veux pas! j'ai confiance, moi! Pourquoi serait-ce lui qui serait blessé et non l'autre? Il nous aime! Il est le plus brave des deux. Il a raison. Mon Dieu, je vous remercie de m'avoir conservé mon fils.
GENEVIÈVE
Mon Dieu, je vous remercie de m'avoir conservé mon mari.
MADAME BERTEAU
A présent, retournons chez votre père, oh ! j'y vais avec vous, je n'ai plus peur.
GENEVIÈVE
Ni moi non plus. — Ah! non, tenez, je me sens mourir.
MADAME BERTEAU
Ne le dites pas ! Allons.
GENEVIÈVE
Oui. Avant de partir, embrassons-nous. (Eiies se jettent
dans les bras l'une de l'autre.)