ACTE TROISIÈME
LOUIS
Mais les témoins ont dû s'en aller chez eux.
LE COLONEL
Ah bien, ouil Sans connaître le résultat du duel! Songez donc, un duel pour des bourgeois ! et un duel comme celui-là ! C'est le meilleur plat de leur dîner. Ils n'en perdraient pas une bouchée. Qu'attendezvous?
LOUIS
Rien, mais je me sens mal à l'aise.
LE COLONEL
Je connais cela. Le danger soutient, mais après, les plus braves ont quelquefois un ébranlement nerveux ; ça s'en ira de soi-même. Il faut penser à autre chose. Vite, apprêtez-vous.
LOUIS
Et puis, — je sais que c'est absurde, — mais j'éprouve une certaine appréhension à me marier le jour d'un duel.
Quelle appréhension?
LOUIS
Il me semble que j'entrerais mal en ménage par une journée sur laquelle il y a eu du scandale et de la haine.
MADAME BERTEAU
Tu as dit toi-même que c'était absurde.
LE COLONEL
Ce ne peut pas être là une cause d'ajournement.
GENEVIÈVE
Ce n'est pas la vraie ! Oh 1 je comprends I
LOUIS
Vous comprenez?...
GENEVIÈVE
Oui I ce n'est pas terminé ! Il n'y a eu qu'une blessure légère, ce n'est pas assez pour eux ! ils ne nous ont pas fait assez soufifrir!
MADAME BERTEAU
Vous ne voulez pas recommencer? Ce n'est -pas vrai, n'est-ce pas?
GENEVIÈVE
Si! c'est vrai!
Vous ne recommencerez pas. La provocation de votre adversaire s'est déjà faite dans des conditions inusitées et inconvenantes qui vous autorisaient à la dédaigner. Une nouvelle insulte, fiez-vous-en à un soldat, n'insulterait que l'insulteur. Vous en avez fini.
LOUIS
Oui, j'en ai fini.
MADAME BERTEAU
Alors?
LE COLONEL
Qu'est-ce donc qui vous retient ?