ANDRÉ I
Étes-vous bon!
Ce n'est pas de lu bonté.
ANDRÉE
Qu'est-ce donc".'
JEAN BAUDRY
Quand j'ai commencé à vous connaître, vous aviez quinze ans. Vous ne ressembliez pas aux autres jeunes filles. Sans mère, vous étiez bien vite devenue sérieuse. Vous ne savez pas comme c'était touchant et charmant de vous voir tenir la maison, et la tenir si bien que vos mains délicates n'en paraissaient pas fatiguées. Vous n'étiez pas triste, de peur d'attrister votre père; vous étiez même gaie; mais on voyait dans votre sourire la présence de votre mère morte, et votre gaieté avait quelque chose d'une fleur qui pousse sur une tombe. J'allais chez vous souvent. Votre gravité faisait de vous une jeune femme plutôt qu'une jeune fille ; il ne me semblait pas qu'il y eût entre nous une grande différence d'âge, et je me sentais tout au plus votre frère aîné. Vous aviez un peu d'affection pour moi. Alors, je rêvais... Qui n'a pas son rêve? — Mais ce n'est pas encore l'instant de vous dire le mien. Ne devinez pas. Il faut d'abord que nous. soyons bien sûrs de ne pas pouvoir sauver votre père autrement, et, je vous le promets, je ferai tout pour que votre père soit sauvé sans cela.
ACTH PJIKMIEK. 91
ANDRÉE
Je l'entends. Reculez-vous un moment, et laissezmoi lui parler la première. (.lean Baudry se recule et Bruel ontre snns le voir.)