Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiques
Jean Racine naquit à La Ferté-Milon, le 21 décembre 1639, l'année même où Corneille, âgé de trente-trois ans, faisoit paroître Horace et Cinna. Sa famille, anoblie par une charge achetée, avoit un cygne dans ses armoiries. Les anciens auroient vu un présage dans cette circonstance frivole : qu'il nous soit permis, après l'événement, d'y voir au moins une particularité remarquable.
Élevé, comme chacun sait, à la grande et sévère école de Port-Royal, le jeune Racine fut surpris un jour lisant le roman grec des Amours de Théagène et de CharicUe. On le lui arracha des mains, et on le jeta au feu. Un second exemplaire ayant eu le même sort, il s'en procura un troisième, l'apprit par cœur, et, le portant à son maître, lui dit : Vous pouvez brûler celui-là comme les deux autres. Cette anecdote A* sa jeunesse est com^re un germe dom
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toute sa vie littéraire offre le développement. Son goût pour la peinture des délices et des peines de l'amour déceloit cette sensibilité d'àme qui passionne et attendrit la plupart de ses chefs-d'œuvre : sa prédilection pour la langue des Grecs promettoit cette richesse de dicMon poétique qui les embellit tous.
Mais , avant d'atteindre à cette perfection , il falloit qu'il payât le tribut au mauvais goût d'une littérature naissante , qui, n'étant qu'empruntée et, pour ainsi dire, réfléchie, devoit commencer par l'affectation, de même que les littératures spontanées commencent par la barbarie. A dix-sept ans, il composa, sur la solitude de Port -Royal, des vers plus bizarrement subtils et affectés que n'en faisoit alors Benserade ou Voiture; et, dix années après, il faisoit jouer Andromaqtie.
Le véritable début poétique de Racine fut une ode intitulée la Nymphe de la Seine, à l'occasion du mariage du roi. Chapelain, mauvais poète, mais bon homme et bon littérateur, alors arbitre officiel des réputations, produisit Racine et son ode auprès de Colbert, dispensateur des grâces. Le jeune auteur fut magnifiquement récompensé. Quatre ans plus tard, il composa une autre pièce de circonstance : c'étoit la Renommée aux Muses, ode qui avoit pour objet de célébrer les bienfaits accordés par le roi aux sciences, aux lettres et aux arts. Ce nouvel ouvrage lui valut une nouvelle gratification; mais il lui procura un avantage bien plus précieux, l'amitié de Boileau, cette amitié sincère et dévouée, à laquelle il dut tant d'avis utiles pour ses écrits, et tant de consolations dans ses chagrins. Le jeune satirique avoit fait sur l'ode quelques observations critiques qui tombèrent dans les mains de Racine : celui-ci en sentit toute la justesse, et s'empressa d'en aller remercier Boileau, qui consentit à être toujours son censeur, et qui devint bientôt son ami.
Peu s'en fallut que l'Église n'enlevât le Jeune Racine au monde et aux lettres profanes; peu s'en fallut même qu'une