‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 2 sur 459 · BT LB THÉÂTRE DB RACINE · texte numérisé non relu

BT LB THÉÂTRE DB RACINE

obscure prébende dans une province reculée* n'ensevelit pour toujours les destinées de celui qui devoit attacher à son nom un éclat si vif et si durable.

Fatigué des délais d'un oncle qui promettoit chaque jour de lui résigner un de ses bénéfices , et qui s'obstinoit à e garder, il revint à Paris, les mains vides d'argent, mai 9 ayant en poche une tragédie. Elle étoit tirée de ce même roman grec de Théagène et Chariclée, auquel il avoit donné dans sa mémoire un abri sûr contre le zèle pieusement in cendiaire de Lancelot.

11 alla trouver Molière, de qui il reçut à la fois trois bons offices : le conseil de jeter sa pièce au feu, l'indication d'un sujet au moins plus théâtral , et le don ou plutôt le prêt d'une somme de cent louis, hypothéquée probablement sur le succès de sa tragédie future.

Ce nouveau sujet étoit celui de laThébaide, catastrophe d'une froide et monstrueuse atrocité, que le talent déclamateur de Stace étendit en un long poëme, mais d'où le génie de Racine, dans toute sa maturité, n'auroit peut-être pas réussi à tirer une tragédie attachante. Celle qu'il fit à ving. ans étoit une imitation de la manière de Corneille, imitation de ses défauts plus que de ses beautés, où les uns étoient exagérés, et les autres ne se montroient qu'affoiblies.

Il en fut de même de la tragédie d'Alexandre. Un héroïsme de Matamore et une galanterie de Céladon y défigurent le vainqueur d'Ârbelle, comme, dans la Mort d Pompée, ils travestissent le vainqueur de Pharsale. Toutefois dans les Frères ennemis et surtout dans Alexandre. déjà se montroit un versificateur habile; déjà même, quoi qu'en eût dit Corneille , quelques traits de dialogue , quelques scènes, permettoient d'espérer un poète tragique. Mais Racine n'étoit point encore; et rien, dans ces foibles commencements , n'autorisoit à le prédire.

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