‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 161 sur 459 · NÉRON, JUNIE · texte numérisé non relu

NÉRON, JUNIE

NÉRON

Vous vous troublez, madame, et change/: de visage I Lisez-vous dans mes yeux quelque triste présage?

Beigneur, je ne vous puis déguiser mon erreur; J'allois voir Octavie, et non pas l'empereur.

NÉRON

Je le sais bien , madame, et n'ai pu sans enyie

ACTB II. %a

Apprendre vos bontés pour l'heureuse Octavie.

JUME.

Vous, seigneur?

NÉRON

Pensez-vous, madame, qu'en ces lieux Seule pour tous connoltre, Octavie ait des yeux?

JDNIB.

Et quel autre, seigneur, voulez-vous que j'implore! A qui demanderai-je un crime que j'ignoreî Vous qui le punissez, vous ne l'ignorez pas : De grâce , apprenez-moi , seigneur, mes attentats.

NÉRON

Quoi! madame, est-ce donc une légère offense

De m'avoir si longtemps caché votre présence?

Ces trésors dont le ciel voulut vous embellir.

Les avez-vous reçus pour les ensevelir ?

L'heureux Britannicus verra-t-il sans alarmes

Croître , loin de nos yeux , son amour et vos charmesf

Pourquoi, de cette gloire exclus jusqu'à ce jour,

M'avez-vous, sans pitié, relégué dans ma cour»?

On dit plus : vous souffrez, sans eu être offensée.

Qu'il vous ose, madame, expliquer sa pensée :

Car je ne croirai point que sans me consulter

La sévère Junie ait voulu le flatter.

Ni qu'elle ait consenti d'aimer et d'être aimée ,

Sans que j'en sois instruit que par la renommée.

JDNIE.

Je ne vous nierai point, seigneur, que ses soupirs

M'ont daigné quelquefois expliquer ses désirs.

Il n'a point détourné ses regards d'une fille

Seul reste du débris d'une illustre famille :

Peut-être il se souvient qu'en un temps plus heureux

Son père me nomma pour l'objet de ses vœux.

Il m'aime; il obéit à l'empereur son père.

Et j'ose dire encore, à vous, à votre mère :

Vos désirs sont toujours si conformes aux siens...

NÉRON

Ma mère a ses desseins , madame ; et j'ai les mieaa.

Ne parlons plus ici de Claude et d'Agrippine;

Ce n'est point par leur choix que je me détermine.

1. Ces traits d'une galanterie un peu romanesque deviennent tragiques, lorsqu'on songe que c'est Néron qui parle. (Aiuii Martim.)

C'est à moi seul, madame, à répondre de vous; Et je veux de ma main vous choisir uxi époux.

JUNIE

Ah! seigneur! songez-vous que toute autre alliance F era honte aux Césars , auteurs de ma naissance?

NÉROn.

Non, madame, l'époux dont je vous entretiens Peut San* honte assembler vos aïeux et les siens; Vous pouvez, sans rougir, consentira sa flamme.

JDNIE.

Et quel est donc, seigneur, cet époux?

NÉRON

Moi , madame.

JUNIE

Vous!

NÉRON

Je vous nommerois, madame, un autre nom, Si j'en savois quelque autre au-dessus de Néron. Oui, pour vous faire un choix où vous puissiez souscrire. J'ai parcouru des yeux la cour, Rome et l'empire. Plus j'ai cherché, madame, et plus je cherche encor En quelles mains je dois confier ce trésor; Plus je vois que César, digne seul de vous plaire, En doit être lui seul l'heureux dépositaire. Et ne peut dignement vous confier qu'aux mains A qui Rome a commis l'empire des humains. Vous-même , consultez vos premières années : Claudius à son fils les avoit destinées ; Mais c'étoit en un temps où de l'empire entiei n croyoit quelque jour le nommer l'héritier. Les dieux ont prononcé. Loin de leur contredire. C'est à vous de fesser du côté de l'empire. "Sn vain de ce présent ils m'auroient honoré, Si votre cœur devoit en être séparé; Si tant de soins ne sont adoucis par vos charmes Si, tandis que je donne aux veilles, aux alarmes Des jours toujours à plaindre et toujours enviés. Je ne vais quelquefois ikspirer à vos pieds. Qu'Ociavie à vos yeux ne fasse point d'ombrago . Romt, aussi bien que moi, vous donne son suffrage» Répudie Octavie, et me fait dénouer Cb bymea que le ciel ne veut point avouer.

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