‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 178 sur 459 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

NÉRON, BDRRHUS

Que cette paix , seigneur, et ces embrassementa Vont ofiTrir à mes yeux des spectacles charmants ! Vous savez si Jamais ma voix lui fut contraire. Si de son amitié J'ai voulu vous distraire. Et si J'ai mérité cet injuste courroux.

NÉRON

Je ne vous flatte point, je me plaignois de vous, Burrhus : je vous ai crus tous deux d'intelligence. Hais son inimitié vous rend ma confiance. Elle se hâte trop, Burrhus, de triompher : J'embrasse mon rival , mais c'est pour l'étouffer.

BURRHUS

Quoi, seigneur!

NÉRON

C'en est trop; il faut que sa ruine He délivre à jamais des fureurs d'Agrippine.

1. Cette seine est une des plus belle* qu'il j x:\ au théâtre.

(Oboffeoy.)

890 BRITANNICUS

Tant qu'il respirera je ne vis qu'à demi. Elle m'a fatigué de ce nom ennemi ; Et je ne prétends pas que sa coupable audace Une seconde fois lui promette ma place.

BURRHUS

Elle va donc bientôt pleurer BritannicusT

IféRON.

Avant la fin du Jour je ne le craindrai plus.

Et qui de ce dessein vous inspire l'envie?

NÉROI».

Ma gloire , mon amour, ma sûreté , ma vie.

BDRRHUS.

Non , quoi que vous disiez , cet horrible dessein Ne fut jamais, seigneur, conçu dans votre sein.

NÉRON

Burrhus I

De votre bouche, ô ciel ! puis-je l'apprendre? Vous-même, sans frémir, avez-vous pu l'entendre? Songez-vous dans quel sang vous allez vous baigner? Néron dans tous les cœurs est-il las de régner l Que dira-t-on de vous? Quelle est votre pensée?

Quoi! toujours enchaîné de ma gloire passée. J'aurai devant les youx Je ne sais quel amour Que le hasard nous donne et nous ôte en un Jour? Soumis à tous leurs vœux , à mes désirs contraire, Suis-je leur empereur seulement pour leur plaire?

BURRHUS

Et ne suffit-il pas , seigneur, à vos souhaits Que te bonheur public soit un de vos bienfaits? C'est à vous à choisir, vous êtes encor maître. Vertueux jusqu'ici , vous pouvez toujours l'être : Le chemin est tracé, rien ne vous retient plus; Vous n'avez qu'à marcher de vertus en vertus. Mais, si de vos flatteurs vous suivez la maxime, îl vous faudra, seigneur, courir de crime en crime Soutenir vos rigueurs par d'autres cruautés, Et laver dans le sang vos bras ensanglantés. Britannicus mourant excitera le zèle De ses amis , tout prêts à nrendre sa querelle.

ACTB IV. -291

Ces vengeurs trouveront de nouveaux défenseurs ,

Qui , même après leur mort , auront des successeur» :

Vous allumez on feu qui ne pourra s'éteindre.

Craint de tout l'univers , il vous faudra tout craindre ,

Toujours punir, toujours trembler dans vos projets.

Et pour vos ennemis compter tous vos sujets.

Ah ! de vos premiers ans l'heureuse expérience

Vous fait-elle, seigneur, haïr votre innocence?

Songez-vous au bonheur qui les a signalés ?

Dans quel repos , ô ciel , les avez-vous coulés !

Quel plaisir de penser et de dire en vous-même :

« Partout, en ce moment, on me bénit, on m'aime;

« On ne voit point le peuple à mon nom s'alarmer;

« Le ciel dans tous leurs pleurs ne m'entend point nommer

« Leur sombre inimitié ne fuit point mon visage;

« Je vois voler partout les cœurs à mon passage! »

Tels étoient vos plaisirs. Quel changement, ô dieux!

Le sang le plus abject vous étoit précieux :

Un jour, il m'en souvient, le sénat équitable

Vous pressoit de souscrire à la mort d'un coupable;

Vous résistiez , seigneur, à leur sévérité ;

Votre cœur s'accusoit de trop de cruauté ;

Et, plaignant les malheurs attachés à l'empire,

« Je voudrois, disiez-vous, ne savoir pas écrire. »

Non, ou vous me croirez, ou bien de ce malheur

Ma mort m'épargnera la vue et la douleur :

On ne me verra point survivre à votre gloire.

Si vous allez commettre une action si noire,

(Se jetant aux pieds de Néron.) Me voilà prêt, seigneur : avant que de partir. Faites percer ce cœur qui n'y peut consentir; Appelez les cruels qui vous l'ont inspirée ; Qu'ils viennent essayer leur main mal assurée... Mais je vois que mes pleurs touchent mon empereur Je vois que sa vertu frémit de leur fureur. Ne perdez point de temps, nommez-moi les perfides Qui vous osent donner ces conseils parricides ; Appelez votre frère, oubliez dans ses bras...

Ah ! que dcmandez-Tous !

BonniiDS.

Non , il ne vous hait pu

S92 B^ITANNICUS.

Seigneur; on le trahit : je sais son innocence; Je vous réponds pour lui de son obôissance. J'y cours. Je vais presser un entretien si doux '.

NÉRON

Dans mon appartement qu'il m'attende avec vous.

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