‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 180 sur 459 · BRITANNICUS, JUNIE · texte numérisé non relu

BRITANNICUS, JUNIE

BaiTANHICDS.

Oui, madame, Néron, qai l'aurait pu penser?

Dans son appartement m'attend pour m'embrasstr.

Il y fait de sa cour inviter la Jeunesse;

Il veut que d'un festin la pompe et l'allégresse

Confirment à leurs yeux la foi de nos serments ,

Et réchauffent l'ardeur de nos embrassements ;

II éteint cet amour, source de tant de haine ;

Il vous fait de mon sort arbitre souveraine.

Pour moi, quoique banni du rang de mes aïeux,

Quoique de leur dépouille il se pare à mes yeux;

Depuis qu'à mon amour cessant d'être contraire

Il semble me céder la gloire de vous plaire.

Mon cœur, je l'avouerai, lui pardonne en secret.

Et lui laisse le reste avec moins de regret.

Quoi ! je ne serai plus séparé de vos charmes !

Quoi ! même en ce moment. Je puis voir sans alarmes

Ces yeux que n'ont émus ni soupirs ni terreur.

Qui m'ont sacrifié l'empire et l'empereur!

Ah, madame!... Mais quoi! Quelle nouvelle crainte

Tient parmi mes transports votre Joie en contrainte?

D'où vient qu'en m'écoutant, vos yeux, vos tristes yeux

Avec de longs regards se tournent vers les cieux?

Qu est-ce que vous craignez?

JOIIIE.

Je rignore moi-même; Mais Je crains.

BRITANNICUS

Voua m'aimez?

JDNIE.

Hélas! si Je tous

BRITANNICUS

Néron ne trouble plus notre félicité

M6 BRITANNXCUS.

JDNIB.

Mais me répondez-vous de sa sincéritét

BRITANNICUS

Quoi! vous le soupçonnez d'une haine couverte?

JUNIE

Néron m'aimoit tantôt, il juroit votre perte;

il me fuit, il vous cherche : un si grand changement

Peut-il être, seigneur, l'ouvrage d'un moment?

BRITANNICDS.

Jet ouvrage, madame, est un coup d'Agrippine : Elle a cru que ma perte entraînoit sa ruine. Grice aux préventions de son esprit jaloux. Nos plus grands ennemis ont combattu pour nous. Je m'en fie aux transports qu'elle m'a fait paraître; Je m'en fie à Burrhus; J'en crois même son maître : Je crois qu'à mon exemple, impuissant à trahir, Il hait à cœur ouvert, ou cesse de haïr.

Seigneur, ne Jugez pas de soq cœur par le vôtre : Sur des pas difTérents vous marchez l'un et l'autre. Je ne connois Néron et la cour que d'un Jour; Mais, si J'ose le dire, hélas! dans cette cour Combien tout ce qu'on dit est loin de ce qu'on pense I Que la bouche et le cœur sont peu d'intelligence! Avec combien de Joie on y trahit sa foi ! Quel séjour étranger et pour vous et pour moi !

BRITANNICDS.

Mais que son amitié soit véritable ou feinte ,

Si vous craignez Néron, lui-même est-il sans craintel

Non, non, il n'ira point, par un lâche attentat.

Soulever contre lui le peuple et le sénat.

Que dis-je? Il reconnolt sa dernière injustice.

Ses remords ont paru , même aux yeux de Narcisse.

Ahi s'il vous avoit dit, ma princesse, à quel point...

JUNIE

Mais Narcisse, seigneur, ne vous trahit-il point?

BRITANNICUS

Et pourquoi voulez-vous que mon cœur s'en déflo î

JUNIE

Et que sais-Je? Il y va, seigneur, de votre vie : Tout m'est suspect : je crains que tout ne soit séduit] Je crains Néron; Je crains le malheur qui me suit.

ACTB V.

D'un noîr pressentiment malgré moi prévenue. Je vous laisse à regret éloigner de ma vue. Hélas! si cette paix dont vous vous repaissez Couvroit contre vos jours quelques pièges dressés; Si Néron, irrité de notre intelligence, Avoit choisi la nuit pour cacher sa vengeance; S'il prêparoit ses coups tandis que je vous vois; Et si je vous parlois pour la dernière fois 1 Ah, prince!

BRITANNICDS.

Vous pleurez ! Ah , ma chère princesse ! Et pour moi jusque-là votre cœur s'intéresse! Quoi, madame! en un jour où plein de sa grandeur Néron croit éblouir vos yeux de sa splendeur. Dans des lieux où chacun me fuit et le révère. Aux pompes de sa cour préférer ma misère ! Quoi ! dans ce même jour et dans ces mêmes lieui Refuser un empire, et pleurer à mes yeux! Mais , madame , arrêtez ces précieuses larmes : Mon retour va bientôt dissiper vos alarmes. Je me rendrois suspect par un plus long séjour : Adieu. Je vais, le cœur tout plein de mon amour. Au milieu des transports d'une aveugle jeunesse , Ne voir, n'entretenir que ma belle princesse. Adieu.

lUNlB.

Prince...

BRITANNICDS.

On m'attend, madame, il faut partir.

Mais da moins attendez qu'on vous vienne avertir. SCÈNE II.

BRITANNICDS, AGRIPPINE, JUNIE.

AGRIPPINE

Prince, que tardez-vous? Partez en diligence. Néron impatient se plaint de votre absence. La joie et le plaisir de tous les conviés Attend , pour éclater, que vous vous embrassiez. Ne faites point languir une si juste envie; Allez. Et nous , madame , allons chez Octavie.

298 BRITANNICUS

BRITANMCUS.

Allez, belle Junie; et, d'un esprit content. Hâtez-vous d'embrasser ma sœur qui vous attend Dès que je le pourrai , je reviens sur vos traces, Madame; et de vos soin» j'irai vous rendre grâces.

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