MARQUIS DR SBIOMELAT, ETC
MO.NSEIGNEDR.
Quelquejuste défiance que j'aie de moi-môme et de mes ouvrages, j'ose espérer que vous ne condamnerez pas la liberté que je prends de vous dédier cette tragédie. Vous ne l'avez pas jugée tout à fait indigne de votre approbation. Mais ce qui fait son plus grand mérite auprès de vous, c'est, Monseigneur , que vous avez été témoin du bonheur qu'elle a eu de ne pas déplaire à Sa Majesté.
L'on sait que les moindres choses vous deviennent considérables, pour peu qu'elles puissent servir ou à sa gloire ou à son plaisir; et c'est ce qui fait qu'au milieu de tan d'importantes occupations , où le zèle de votre prince et 1 bien public vous tiennent continuellement attaché, vous ne dédaignez pas quelquefois de descendre jusqu'à nous, pout nous demander compte de notre loisir.
J'aurois ici une belle occasion de m'étendre sur vo» louanges, si vous me permettiez de vous louer. Et que ne dirois-Je point de tant ds itures (jualités qui vous ont attiré
«08 ÉPITRH DÊDICATOIRB.
Tadmi ration de toute la France; 4e cette pénétration à laquelle rien n'échappe ; de cet esprit vaste qui embrasse, qui exécute tout à la fois tant de grandes choses; de cette âme que rien n'étonne, que rien ne fatigue!
Mais, Monseigneur, il faut être plus retenu à vous parler de vous-même; et je craindrois de m'exposer, par un éloge importun, à vous faire repentir de l'attention favorable dont vous m'avez honoré ; il vaut mieux que je songe à la mériter par quelques nouveaux ouvrages : aussi bien c'est le plus agréable remerciement qu'on vous puisse faire. Je suis avec un profond respect,
Monseigneur,
Votre très -humble et très 'obéissant serviteur,
RACINE
PREFACE
Titus, reginam Berenicen... cui etiam nuptias pollicitus ferebatur... statim ab urbe dimisit invitus invitam '.
Cest-à-dire que « Titus, qui aimoit passionnément Béré- « nice, et qui môme, à ce qu'on croyoit, lui avoit promis • de répouser, la renvoya de Rome , malgré lui et malgré ■ elle, dès les premiers jours de son empire. » Cette action est très-rameuse dans l'histoire; et je l'ai trouvée trèspropre pour le théâtre , par la violence des passions qu'elle y pouvoit exciter. En effet , nous n'avons rien de plus touchant dans tous les poètes , que la séparation d'Énée et de Didon , dans Virgile. Et qui doute que ce qui a pu fournir assez de matière pour tout un chant d'un poème héroïque , où l'action dure plusieurs jours, ne puisse suffire pour le sujet d'une tragédie, dont la durée ne doit être que de quelques heures? Il est vrai que je n'ai point poussé Bérénice Jusqu'à se tuer« comme Didon , parce que Bérénice n'ayant pas ici avec Titus les derniers engagements que Didon avoit avec Énée, elle n'est pas obligée, comme elle, de renoncer à la vie. À cela près, le dernier adieu qu'elle dit à Titus, et l'effort qu'elle se fait pour s'en séparer, n'est pas le moins tragique de la pièce; et j'ose dire qu'il renouvelle assez bien dans le cœur des spectateurs l'énMtioa que le reste y avoit