‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 188 sur 459 · Sun., in Tito, cap X · texte numérisé non relu

Sun., in Tito, cap X

310 PREFACE

pu exciter. Ce n'est point une nécessité qu'il y ait du sang et des morts dans une tragédie : il suffit que l'action en soit grande, que les acteurs en soient héroïques, que les passions y soient excitées , et que tout s'y ressente de cette tristesse majestueuse qui fait tout le plaisir de la tragédie.

Je crus que je pourrois rencontrer toutes ces parties dans mon sujet; mais ce qui m'en plut davantage, c'est que je le trouvai extrêmement simple. Il y avoit longtemps que je voulois essayer si je pourrois faire une tragédie avec cette simplicité d'action qui a été si fort du goût des anciens : car c'est un des premiers préceptes qu'ils nous ont laissés : « Que ce que vous ferez, dit Horace, soit toujours simple « et ne soit qu'un. » Ils ont admiré l'AJax de Sophocle, qui d'est autre chose qu'Ajax qui se tue de regret, à cause de la fureur où il étoit tombé après le refus qu'on lui avoit fait des armes d'Achille. Ils ont admiré le Philoctète, dont tout le sujet est Ulysse qui vient pour surprendre les flèches d'Hercule. L'Œdipe môme, quoique tout plein de reconnoissances, est moins chargé de matière que la plus simple tragédie de nos jours. Nous voyons enfin que les partisans de Térence, qui rélèvent avec raison au-dessus de tous les poètes comiques, pour l'élégance de sa diction et pour la vraisemblance de ses mœurs, ne laissent pas de confesser que Pluute a un grand avantage sur lui par la simplicité qui est dans la plupart des sujets de Plaute. Et c'est sans doute cette simplicité merveilleuse qui a attiré à ce dernier toutes les louanges que les anciens lui ont données. Combien Ménandre étoit-il encore plus simple, puisque Térence est obligé de prendre deux comédies de ce poëte pour en faire une des siennes!

Et il ne faut point croire que cette règle ne soit fondée que sur la fantaisie de ceux qui l'ont faite : il n'y a que le vraisemblable qui touche dans la tragédie. Et quelle vrai» semblance y a-t-il qu'il arrive en un jour une multitude de choses qui pourroientàpeine arriver en plusieurs semainesT il y en a qui pensent que cette simplicité est une marque

PRËFACB. nn

de peu d'invention. Us ne songent pas qn'ati contraire tonte l'invention consiste à faire quelque chose de rien, et qoe »out ce grand nombre d'incidents a toujours été le refuge des poètes qui ne sentoient dans leur génie ni assez d'abondance ni assez de force pour attacher durant cinq actes leurs spectateurs par une action simple, soutenue de la violence 4es passions, de la beauté des sentiments, et de l'élégance de l'expression. Je suis bien éloigné de croire que toutes ces choses se rencontrent dans mon ouvrage; mais aussi je ne puis croire que le public me sache mauvais gré de lui avoir donné une tragédie qui a été honorée de tant de larmes, et dont la trentième représentation a été aussi suivie que la première.

Ce n'est pas que quelques personnes ne m'aient reproché cette même simplicité que J'avois recherchée avec tant do soin. Ils ont cru qu'une tragédie qui étoit si peu chargée d'intrigues ne poavoit être selon les règles du théâtre. Je m'informai s'ils se plaignoient qu'elle les eût ennuyés. On me dit qu'ils avouoient tous qu'elle n'ennuyoit point, qu'elle les touchoit même en plusieurs endroits, et qu'ils la verroient encore avec plaisir. Que veulent-ils davantage? Je les conjure d'avoir assez bonne opinion d'eux-mêmes pour ne pas croire qu'une pièce qui les touche , et qui leur donne du plaisir, puisse être absolument contre les règles. La principale règle est de plaire et de toucher : toutes les autres ne sont faites qtie pour pan'enir à cette première; mais toutes ces règles sont d'un long détail , dont je ne leur conseille pas de s'embarrasser : ils ont des occupations plus importantes. Qu'ils se reposent sur nous de la fatigue d'éclaircir les difiicultés de la poétique d'Aristote; qu'ils se réservent le plaisir de pleurer et d'être attendris; et qu'ils me permettent de leur dire ce qu'un musicien disoit à Philippe, roi de Macédoine, qui prétendoit qu'une chanson n'étoit pas selon les règles : « A Dieu ne plaise, seigneur, que vous « soyez jamais si malheureux que de savoir ces choses-là ■ mieux que moi ! •

812 PRÉPACB.

Voilà tout ce que j'ai à dire à ces personnes à qui je fera! toujours gloire de plaire; car peur le libelle que l'on a fait contre moi , je crois que les lecteurs me dispenseront volontiers d'y répondre. Et que répondrois-je à un homme * qui ne pense rien et qui ne sait pas même construire ce qu'il pense? Il parle de protase* comme s'il entendoit ce mot, et veut que cette première des quatre parties de la tragédie soit toujours la plus proche de la dernière, qui est la catastrophe. Il se plaint que la trop grande connoissance des règles l'empôche de se divertir à la comédie. Certainement, si l'on en juge par sa dissertation, il n'y eut jamais de plainte plus mal fondée. Il parolt bien qu'il n'a jamais lu Sophocle, qu'il loue très-injustement d'une grande multiplicité d'incidents; et qu'il n'a ro^.me jamais rien lu de la poétique, que dans quelques préfaces de tragédies. Mais je lui pardonne de ne pas savoir les règles du théâtre, puisque, heureusement pour le public, il ne s'applique pas à ce genre d'écrire. Ce que je ne lui pardonne pas, c'est de savoir si peu les règles de la bonne plaisanterie, lui qui ne veut pas dire un mot sans plaisanter. Croit-il réjouir beaucoup les honnêtes gens par res hélas de poche, ces mesdemoiselles mes règ'.es, et quantité d'autres basses affectations qu'il trouvera condamnées dans tous les bons auteurs, s'il se mêle jamais de les lire?

Toutes ces critiques sont le partage de quatre ou cinq petits auteurs infortuné?- qui n'ont jamais pu par euxmêmes exciter la curiosité du public. Ils attendent toujours l'occasion de quelque ouvrage qui réussisse, pour l'attaquer, non point par jalousie, car sur quel fondement seroient-ils Jaloux? mais dans l'espérance qu'on se donnera la peine de leur répondre, et qu'on les tirera de l'obscurité où leurs propres ouvrages les auroiont laissés toute leur vie.

I. L'abbé de Villars, auteur du C?mtb db Gabalis, et d'une pesante critique de BâRÉNicK.

i. PsoTASB, l'exposition du sujet.

BÉRÉNICE

PERSONNAGES

TITUS, empereur de Rome.

BÉRÉNICB, reine de ralestine.

ANTIOCHUS, roi de Comagène.

PAULIN, confident de Titus. ARSACB, confident d'Antiochus.

PHÉNICB, confidente de Bérénice.

RUTILB, Romain.

aUITB DB TITUS.

£a scène est à Rome, dans u» cabinet qui est entre Cappartemfnt de Titus et celui de Bérénice

BERENICE

trag£die

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