BÉRÉNICE, ANTIOCHUS, PHÉNICE
BéR^NICB.
Enfin je me dérobe à la joie importune
De tant d'amis nouveaux que me fait la fortune '
Je fuis de leurs respects l'inutile longueur.
820 BÉRÉNICE
Pour chercher un ami qui me parle du cœur.
Il ne faut point mentir, ma juste impatience
Vous accusoit déjà de quelque négligence.
Quoi! cet Antiochus, disois-je, dont les soins
Ont eu tout l'Orient et Rome pour témoins;
Lui que j'ai vu toujours, constant dans mes traverses,
Suivre d'un pas égal mes -fortunes diverses;
Aujourd'hui que le ciel semble me présager
Un honneur qu'avec vous je prétends partager,
Ce même Antinchus, se cachant à ma vue.
Me laisse à la merci d'une foule inconnue!
ANTIOCnilS.
Il est donc vrai, madame? et selon ce discours, L'hymen va succéder à vos longues amours?
BÉRÉNICE
Seigneur, je vous veux bien confier mes alarmes : Ces jours ont vu mes yeux baignés de quelques larmes; Ce long deuil que Titus imposoit & sa cour Avoit, môme en secret, suspendu son amour; Il n'avoit plus pour moi cette ardeur assidue Lorsqu'il passoit les jours attachés sur ma vue; Muet, chargé de soins, et les larmes aux yeux, Il ne me laissoit plus que de tristes adieux. Jugez de ma douleur, moi dont l'ardeur extrême. Je vous l'ai dit cent fois, n'aime en lui que lui-même j Moi qui, loin des grandeurs dont il est revêtu, Aurois choisi son cœur, et cherché sa vertu.
ANTIOCHUS
Il a repris pour vous sa tendresse première?
BÉRÉNICE
Vous fûtes spectateur de cette nuit dernière,
Lorsque, pour seconder ses soins religieux.
Le sénat a placé son père entre le» dieux.
De ce juste devoir sa piété contente
A fait place, seigneur, aux soins de son amante;
Et même en ce moment, sans qu'il m'en ait parlé*
Il est dans le sénat par son ordre assemblé.
Là, de la Palestine il étend la frontière;
Il y joint l'Arabie et la Syrie entière;
Et, si de ses amis j'en dois croire la voix.
Si j'en crois ses serments redoublés mille foU,
Il va sur tant d'État<> couronner Bérénice,
ACTB PREMIER 3?]
Pour joindre à plus de noms le nom d'impératrice. Il m'en viendra lui-même assurer en ce lieu.
ANTIOCHUS
Et je viens donc tous dire un éternel adieu.
BénéMCE.
Que dites- Toasî Ali, ciel ! quel adieu ! quel langagol Prince , tous tous troublez et changez de Tisage I
ANTIOCHDS.
Madame, il faut partir.
Quoi! ne puis-je savoir Quel sujet...
ANTIOCHUS, à part.
n falloit partir sans la reTOir.
Que craignez-Tous? parlez : c'est trop longtemps se taire.
Seigneur, de ce départ quel est donc le mystère?
ANTiocuns.
Au moins souTenez-vous que je cède à vos lois, Et que TOUS m'écoutez pour la dernière fois. Si, dans ce haut degré de gloire et de puissance, n TOUS souTient des lieux où tous prîtes naissance. Madame, il tous souTient que mon cœur en ces lieux Reçut le premier trait qui partit de tos yeux : Paimai. J'obtins l'aTCu d'Agrippa TOtre frère : Il vous parla pour moi. Peut-être sans colère Alliez-vous de mon cœur receToir le tribut; Titus, pour mon malheur, Tint, tous Tit, et tous j)Iut. Il parut dcTant tous dans tout l'éclat d'un homme Qui porte entre ses mains la Tengeance de Rome. La Judée en pâlit : le triste Antiochus Se compta le premier au nombre des Taincu». Bientôt de mon malheur interprète séTère Votre bouche à la mienne ordonna de se taire. Je disputai longtemps. Je fis parler mes yeux; Mes pleurs et mes soupirs vous suivoient en tout Enfin votre rigueur emporta la balance : Vous sûtes m'im poser l'exil ou le silence. 11 fallut le promettre, et même le jurer : Mai!», puisqu'en ce moment j'ose me déclarer, Lorsque tous m'arrachiez cette injuste promesse, Mon cœur faisoit serment de tous aimer sans cesse.
IM BÊRÉNICB.
BÉHÉNICB.
Ah ! que me dites-vous?
ANTIOCHUS
Je me suis tu cinq aui, Madame , et vais encor me taire plus longtemps. De mon heureux rival j'accompagnai les armes; J'espérai de verser mon sang après mes larmes, Ou qu'au moins, jusqu'à vous porté par mille exploits, Mon nom pourroit parler, au défaut de ma voix. Le ciel sembla promettre une fin à ma peine : Vous pleurâtes ma mort, hélas! trop peu certaine. Inutiles périls ! Quelle étoit mon erreur ! La valeur de Titus surpassoit ma fureur. Il faut qu'à sa vertu mon estime réponde. Quoique attendu, madame, à l'empire du monde* Chéri de l'univers, enfin aimé de vous. Il sembloit à lui seul appeler tous les coups. Tandis que, sans espoir, ha!, lassé de vivre. Son malheureux rival ne sembloit que le suivre. Je vois que votre cœur m'applaudit en secret : Je vois que l'on m'écoute avec moins de regret, Et que, trop attentive à ce récit funeste, En faveur de Titus vous pardonnez le reste. Enfin, après un siégo aussi cruel que lent. Il dompta les mutins, reste pâle et sanglant Des flammes, de la faim, des fureurs intestines Et laissa leurs remparts cachés sous leurs ruines. Rome vous vit, madame, arriver avec lui. Dans l'Orient désert quel devint mon ennui." Je demeurai longtemps errant dans Césarée, Lieux charmants où mon coeur vous avoit adorée. Je vous redemandoie à vos tristes États; Je cherchois en pleurant les traces de vos Mais enfin, succombant à ma mélancolie.
Mon désespoir tourna mes pas vers l'Italie. r,.e sort m'y réservoit le dernier de ses coups. Titus en m'embrassant m'amena devant vous ♦ Up voile d'amitié vous trompa l'un et l'autre, Et mon amour devint le confident du vôtre. Mais toujours quelque espoir flattoit mes déplaisirs : Rome, Vespasiea, traversoieot vo» soupirs;