ACTE PREMIER
Après tant de combatâ Titus cédoit peat-être.
Vespasien est mort , et Titus est le maître.
Que ne fuyois-Je alors! J'ai voulu quelques jours
De son nouvel empire examiner le cours.
Mon sort est accompli : votre gloire s'apprête.
Assez d'autres, sans moi, témoins de cette fôte,
A vos heureux transports viendront joindre les leur» :
Pour moi, qui ne pourrois y mêler que des pleurs.
D'un inutile amour trop constante victime ,
Heureux dans mes malheurs d'en avoir pu sans crime
r.onter toute l'histoire aux yeux qui les ont faits.
Je pars plus amoureux que je ne fus jamais.
BÉRÉNICE
Seigneur, je n'ai pas cru que, danS une journée Qui doit avec César unir ma destinée , 11 fût quelque mortel qui pût impunément Se venir à mes yeux déclarer mon amant. Mais de mon amitié mon silence est un gage ; J'oublie, en sa faveur, un discours qui m'outrage. Je n'en ai point troublé le cours injurieux; Je fais plus, à regret je reçois vos adieux. Le ciel sait qu'au milieu des honneurs qu'il m'e Je n'attendois que vous pour témoin de ma joie Avec tout l'univers j'honorois vos vertus; Titus vous chérissoit, vous admiriez Titus. Cent fois je me suis fait une douceur extrême D'entretenir Titus dans un autre lui-même
A?rTIOCH0S.
Et c'est ce que je fuis. J'évite, mais trop tard Ces cruels entretiens où je n'ai point de part. Je fuis Titus : je fuis ce nom qui m'inqui^te^ Ce nom qu'à tous moments votre bouche répète Que vous dirai-je enfin? Je fuis des yeux distraits^ Qui, me voyant toujours, ne me voyoient jamais. Adieu. Je vais, le cœur trop plein de votre image. Attendre, en vous aimant, la mort pour mon partage. Surtout ne craignez point qu'une aveugle douleur Remplisse l'univers du bruit de mon ma heur : Madame, le seul bruit d'une mort que j'implore Vous fera souvenir que je vivois encore. Adieu.