‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 199 sur 459 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

Ce cœur, après huit Jours, n'a-t-il rien à me dire? Qu'un mot va rassurer mes timides esprits! Mais parliez-vous de moi quand je vous ai surpris? Dans vos secrets discours étois-je intéressée. Seigneur? étois-Je au moins présente à la pensée?

TITUS

N'en doutez point , madame; et j'atteste les dieux Que toujours Bérénice est présente à mes yeux. L'absence ni le temps, je vous le jure encore. Ne vous peuvent ravir ce cœur qui vous adore.

BÉRÉNICE

Hô quoi! vous me jurez une éternelle ardeur,

Et vous me la jurez avec cette froideur!

Pourquoi même du ciel attester la puissance?

Faut-il par des serments vaincre ma défiance?

Mon cœur ne prétend point, seigneur, tous démentir,

Et je TOUS en croirai sur un simple soupir.

TITUS

Uadame...

BÉRÉNICE

Hé bien , seigneur 7 Mais quoi ! sans me répondre, Vous détournez les yeux, et semblez vous confondre l Ne m'offrirez-vous plus qu'un visage interdit? Toujours la mort d'un père occupe votre esprit : Rien ne peut-il charmer l'ennui qui vous dévore?

TITUS

Plût aux dieux que mon père, hélas! vécût encore! Que je vivois heureux !

BÉRÉNICE

Seigneur, tous ces regrets De votre piété sont de justes effets.

Hais vos pleurs ont assez honoré sa mémoire : Vous devez d'autres soins à Rome, à votre gloire i De mon propre intérêt je n'ose vous parler. Bérénice autrefois pouvoit vous consoler : Avec plus de plaisir vous m'avez écoutée. De combien de malheurs pour vous persécutée. Vous ai-je, pour un mot, sacrifié mes pleurs! Vous regrettez un père : hélas! foibles douleurs l Et moi (ce souvenir me fait frémir encore). On Touloit m'arracher de tout ce que j'adore; Mai, dont tous connoisses le trouble et le tourment

834 BÉRÉNICB.

Quano vous ne me quittez que pour quelque moment^ Moi , qui mourrois le jour qu'on voudroit m'interdire De vous...

TITOS.

Madame, hélas! que me venez-vous direi Quel temps choisissez-vous? Ah ! de grâce , arrêtez : C'est trop pour un ingrat prodiguer vos bontés.

BÉRÉNICE

Pour un ingrat, seigneur! Et le pouvez-vous être? Ainsi donc mes bontés vous fatiguent peut-êtreî

TiTns.

Non, madame : jamais, puisqu'il faut vous parler, Mon cœur de plus de feux ne se sentit brûler. Mais...

BÉRlfNICE.

Achevez.

TITDS.

Hélas I

BÉRéNICB.

Parlez.

TITDS.

BÉBiNICB.

Rome... l'empire...

Hé bien?

TITCS.

Sortons, Paulin : je ne lui puis rien dire. SCÈNE V.

BÉRÉNICE, PHÉNICE

BÉRÉNICE

Quoi! me quitter sitôt! et ne me dire rieni Chère Phénice, hélas! quel funeste entretien l Qu'ai-je fait? Que veut-il î Et que dit ce silence?

PHÉNICE

Comme vous, je me perds d'autant plus que j'y pense. Mais ne s'ofifre-t-il rien à votre souvenir Qui contre vous , madame , ait pu le prévenir î Voyez, examinez.

BÉRÉNICE

Hélas! tu peux m'en croire t Plus Je VBBX da passé rappeler 1* mémoire ,

Du Jour que je lo vis jusqu'à ce triste jour. Plus je vois qu'on me peut reprocher trop d'amour. Mais tu nous entendois. II ne faut rien me taire : Parle. N'ai-je rien dit qui lui puisse déplaire? Que sais-je? J'ai peut-être avec trop de chaleur Rabaissé ses présents, ou blâmé sa douleur... N'est-ce point que de Rome il redoute la haine î Il craint peut-être, il craint d'épouser une reine. Hélas! s'il étoit vrai... Mais non, il a cent fois Rassuré mon amour contre leurs dures lois; Cent fois... Ah ! au'il m'explique un silence si rude t Je ne respire pas dans cette incertitude. Moi , je vivrois, Phénice, et je pourrois penser Qu'il me néglige, ou bien que j'ai pu l'offenser! Retournons sur ses pas. Mais, quand je m'examine, Je crois de ce désordre entrevoir l'origine, Phex.ice : il aura su tout ce qui s'est passé; L'amour d'Antiochus l'a peut-être offensé. n attend, m'a-t-on dit, le roi de Comagène. Ne cherchons point ailleurs le sujet de ma peine. Sans doute ce chagrin qui vient de m'alarmer N'est qu'un léger soupçon facile à désarmer. Je ne te vante point cette foible victoire, Titus : ah! plût au ciel que, sans blesser ta gloire. Un rival plus puissant vouJôt 'osnter ma foi , Et pût mettre à mes pieds plus d'empires que t<H; Que de sceptres sans nombre il put payer ma flamme; Que ton amoor n'eût rien à donner que ton âme! C'est alors , cher Titus , qu'aimé , victorieux , Tu verrois de quel prix ton cœur est à mes yeux. Allons, Phénice, un mot pourra le satisfaire. Rassurons-nous, mon cœur, je puis encor lui plaire} Je me comptois trop tôt au rang des malheureux t 'x Titug est Jaloux, Titus est amoureux.

riH sn Dinxiim actb.

336 BERENICB.

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