ACTE PREMIER
Ainsi donc pour un temps Amurat désarme Laissa dans le sérail Bajazet enfermé.
"41 partit, et voulut que, fidèle à sa haine, Et des jours de son frère arbitre souveraine, Roxane, au moindre bruit, et sans autres raisons, Le fît sacrifier à ses moindres soupçons. Pour moi, demeuré seul, une juste colère Tourna bientôt mes vœux du côté de son frère. J'entretins la sultane, et, cachant mon dessein, Lui montrai d'Amurat le retour incertain, I^s murmures du camp, la fortune des armes j Je plaignis Bajazet, je lui vantai ses charmes, Qui, par un soin jaloux dans l'ombre retenus, Si voisins de ses yeux , leur étoient inconnus. Que te dirai-je enfin? la sultane éperdue N'eut plus d'autre désir que celui de sa vue.
osHirs.
Mais pouvoient-ils tromper tant de jaloux regards Qui semblent mettre entre eux d'invincibles rempartsT
ACOUAT.
Peut-être il te souvient qu'un récit peu fidèle De la mort d'Amurat fit courir la nouvelle. La sultane, à ce bruit feignant de s'effrayer. Par des cris douloureux eut soin de l'appuyer. Sur la foi de ses pleurs ses esclaves tremblèrent; De l'heureux Bajazet les gardes se troublèrent ; Et les dons achevant d'ébranler leur devoir. Leurs captifs dans ce trouble osèrent s'entrevoir, l'oxane vit le prince; elle ne put lui taire L'ordre dont elle seule étoit dépositaire. Bajazet est aimable; il vit que son salut Dépendoit de lui plaire, et bientôt il lui plut. Tout conspirait pour lui : ses soins , sa complaisance . Ce secret découvert, et cette intelligence. Soupirs d'autant plus doux qu'il lesfalJoit celer, L'embarras irritant de ne s'oser parler. Môme témérité, périls, craintes communes, Lièrent pour jamais leurs cœurs et leurs fortunes. Ceux mêmes dont les yeux les dévoient éclairer Sortis de leur devoir, n'osèrent y rentrer,
OSKIN.
Quoi ! Roxane d'abord leur découvrant son &me
n& BAJAZBT.
Osa-t-elle à leurs yeux faire éclater sa flammet
ACOMAT
Ils l'ignorent encore ; et jusques à ce jour,
Atalide a prêté son nom à cet amour.
Du père d'Amurat Atalide est la nièce ;
Et même avec ses fils partageant sa tendresse ,
Elle a vu son enfance élevée avec eux.
Du prince, en apparence, elle reçoit les vœux;
Mais elle les reçoit pour les rendre à Roxane,
Et veut bien , sous son nom , qu'il aime la sultane;.
Cependant, cher Osmin, pour s'appuyer de moi,
L'un et l'autre ont promis Atalide à ma foi.
OSMIN
Quoi! vous l'aimez, seigneur?
AGOMAT.
Voudrois-ta qu'à mon àg« Je fisse de l'amour le vil apprentissage? Qa'un cœur qu'ont endurci la fatigue et les ans Suivit d'un vain plaisir les conseils imprudents? C'est par d'autres attraits qu'elle plaît à ma vue t J'aime en elle le sang dont elle est descendue. Par elle Bajazet, en m'approcliant de lui. Me va, contre lui-même, assurer un appui. Dn vizir aux sultans fait toujours quelque ombrage; A peine ils l'ont choisi , qu'ils craignent leur ouvrage. Sa dépouille est un bien qu'ils veulent recueillir. Et jamais leurs chagrins ne nous laissent vieillir. Bajazet aujourd'hui m'honore et me caresse; Ses périls tous les jours réveillent sa tendresse: Ce même Bajazet, sur le trône afi°ciini, Méconnottra peut-être un inutile ami.
Et moi , si mon devoir, si ma foi ne l'arrête, S'il ose quelque jour me demander ma tête... Je ne m'explique point , Osmin , mais je prétends Que du moins il faudra la demander longtemps. Je sais rendre aux sultans de fidèles services; Mais je laisse au vulpaire adorer leurs caprices. Et ne me pique point du scrupule insensé De bénir mon trépas quand ils l'ont prononcé. Voilà donc de ces lieux ce qui m'ouvre l'entrée. Et comme enfin Roxane i mes yeux s'est montrée* Inviùble d'abord . elle euteodoit ma voix.