‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 228 sur 459 · BAJAZET, ACOMAT · texte numérisé non relu

BAJAZET, ACOMAT

ACOHAT.

Seigneur, qu'ai-Je entendu? Quelle surprise extrôo Qu'allez-vous devenir? Que deviens-Je moi-même? D'où naît ce changement? Qui dois-]e en accuser. O dell

BAIAZBT.

D ne faut point ici vous abuser.

390 BAJAZBT.

Roxane est offensée et court à la vengeacce > Un obstacle éternel rompt notre inteUigencc Vlïir, songez à vous. Je vous en averti; Et, sans compter sur moi, prenez votre parti.

ACOMAT

Quoi! \

BAJAZET

Vous ei vos amis, cherchez quelque retraite. Je sais dans quels périls mon amitié vous jette ; Et j'espérois un Jour vous mieux récompenser. Mais, c'en est fait, vous-dis-Je; 11 n'y faut plus penseft

ACOHAT.

£t quel est donc , seigneur, cet obstacle invincible? Tantôt dans le sérail J'ai laissé tout paisible. Quelle fureur saisit votre esprit et le sien T

BAJAZET

Elle veut, Acomat, que Je l'épouse!

ACOMAT

Hé bien?

L'usage des sultans à ses voeux est contraire; Mais cet usage, enfin, est-ce une loi sévère, Qu'aux dépens de vos jours vous deviez observer? La plus sainte des lois, ah! c'est de vous sauver. Et d'arracher, seigneur, d'une mort manifeste , Le sang des Ottomans dont vous faites le reste I

BAJAZBT.

Ce reste malheureux seroit trop acheté.

S'il faut le conserver par une lâcheté.

ACOMAT

Et pourquoi vous en faire une image si noire) L'hjrmen de Soliman ternit-il sa mémoire? Cependant Soliman n'étoit pas menacé Des périls évidents dont vous êtes pressé.

BAJAZBT.

Et ce sont ces périls et ce soin de ma vie Qui d'un servile hymen feroient l'ignominie. Soliman n'avoit point ce prétexte odieux ; Bon esclave trouva grâce devant ses yeux; Et, sans sabir le >ng d'un hymen nécessaire, Il loi fit de son cœur un présent volontaire.

ACOMAT

HHa voot aimez Roxane.

ACTB II. W»

BAJAZET

Acomat, c'est assez.

Je me plidns de mon sort moins que vous ne pensei. La mort n'est point pour moi le comble des disgrâces ; J'osai, tout jeune encor, la chercher sur tos traccsi Et l'indigne prison où je suis renfermé A la Toir de plus près m'a même accoutumé ; Amurat à mes yeux l'a vingt fois présentée : Elle finit le cours d'ane vie agitée.

Hélas ! si Je la quitte avec quelque regret... Pardonnez, Acomat, je plains avec sujet Des cœurs dont les bontés trop mal récompensi5ea M'avaient pris pour objet de toutes leurs pensées.

ACOMAT

Ah! si nous périssons, n'en accusez que tous.

Seigneur : dites un mot, et vous nous sauvez tous.

Tout ce qui reste ici de braves lanissaires,

De la religion les saints dépositaires ,

Du peuple byzantin ceux qui plus respectés

Par leur exemple seul règlent ses volontés ,

Sont prêts de vous conduire à la porte sacrée

D'où les nouveaux sultans font leur première entrée.

BAJAZET

Hé bien , brave Acomat , si je leur suis si clier. Que des mains de Roxaue ils viennent m'arracher. Du sérail, s'il le faut, venez forcer la porte; Entrez accompagné de leur vaillante escorte. J'aime mieux en sortir sanglant, couvert de coups, Que chargé malgré moi du nom de son époux : Peut-être je saurai, dans ce désordre extrême, Par un beau désespoir me secourir moi-même ; Attendre, en combattant, l'effet de votre foi. Et vous donner le temps de venir jusqu'à moi.

ACOMAT

Hé! pourral-Je empêcher, malgré ma diligence. Que Roxane d'un coup n'assure sa vengeancel Alors qu'aura servi ce zèle Impétueux, Qu à charger vos amis d'un crime infructueux? Promettes : affranchi d'un péril qui vous presse, Vous verres de quel poids sera votre promesse.

BAJAEKT.

M9il

S9» BAJAZBT.

AGOHAT.

Ne rougissez point : le sang des Ottomans Ne doit point en esclave obéir aux serments. Consultez ces héros que le droit de la guerre Mena victorieux jusqu'au bout de la terre : Libres dans leur victoire, et maîtres de leur foi , L'intérêt de l'État fut leur unique loi; Et d'un trône si saint la moitié n'est fondée Que sur la foi promise et rarement gardée. Je m'emporte, seigneur.

BAJAZET

Oui, je sais, Âcomat, Jusqu'où les a portés l'intérêt de l'État. Mais ces mêmes héros, prodigues de leur vie, Ne la rachetoient point par une perfidie.

ACOUAT.

O courage Inflexible! O trop constante foi, Que, même en périssant, j'admire malgré moil Faut-il qu'en un moment un scrupule timide Perde... Mais quel bonheur nous envoie Atalidet

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