ACTE IL
De quoi nous a serirî cette indif^ne contralnteT Jb ineurs plus tard : voilà tout le fruit de ma feint«. Je TOUS l'avois prédit : mais vous l'avez voulu; J'ai reculé vos pleurs autant que je l'ai pu. Bell* Atalide, au nom de cette complaisance. Daignez de la sultane éviter la présence : Vos pleurs vous trabiroient, cachez-les à ses yeaXi Et ne prolongez point de dangereux adieux.
ATALIDB.
Non, seigneur. Vos bontés pour une infortunée Ont assez disputé contre la destinée.
Il vous en coûte trop pour vouloir m'épargner : Il faut vous rendre; il faut me quitter et régner.
BAJAZET
Vous quitter I
ATALIDB.
Je le veux. Je me suis consultée.
De mille soins Jaloux jusqu'alors agitée , 11 est vrai, je n'ai pu concevoir sans effroi Que Bajazet pût vivre et n'être plus à moi; Et lorsque quelquefois de ma rivale heureuse Je me représentois l'image douloureuse.
Votre mort (pardonnez aux fureurs des amants) Ne me paroissoit pas le plus grand des tourments Biais à mes tristes yeux votre mort préparée Dans toute son horreur ne s'étoit pas montrée t Je ne vous voyois pas, ainsi que je vous vois. Prêt à me dire adieu pour la dernière fois. Seigneur, Je sais trop bien avec quelle constance Vous allez de la mort affronter la présence , Je sais que votre cœur se fait quelques plaisirs De me prouver sa foi dans ses derniers soupirs; Mais, hélas! épargnez une âme plus timide; Uesurez vos malheurs aux forces d'Atalide; Et ne m'exposez point aux plus vives douleurs Qui Jamais d'une amante épuisèrent les pleurs!
BAJAZET
Et que deviendrez-vous, si , dès cette Journée, Je célèbre à vos yeux ce funeste hyménée?
lie vous informez point ce que Je deviendrai. PfU-être à mon destin, seigneur. J'obéirai.
«M BâJAZBT.
Que sals-JeT A ma douleur Je chercherai des chsrmea. Je songerai peut-être, au milieu de mes larmes, Qu'à vous perdre pour moi vous étiez résolu; Que vous vivez; qu'enfin c'est moi qui l'ai voulu.
Non , vous ne verrez point cette fête cruelle.
Plus vous me commandez de vous être infidèle,
Madame, plus je vois combien vous méritez
De ne point obtenir ce que vous souhaitez.
Quoi! cet amour si tendre, et né dans notre enfance,
Dont les feux avec nous ont crû dans le silence;
Vos larmes que ma main pou voit seule arrêter;
Mes serments redoublés de ne vous point quitter i
Tout cela finiroit par une perfidie I
J'épouserois, et quiî ( s'il faut que Je le die)
Une esclave attachée à ses seuls intérêts,
Qui présente à mes yeux des supplices tout prêts ,
Qui m'offre, ou son hymen, ou la mort infailliblej
Tandis qu'à mes périls Atalide sensible,
Et trop digne du sang qui lui donna le jour.
Veut me sacrifier Jusques à son amour?
Ah! qu'au Jaloux sultan ma tête soit portée,
Puisqu'il faut à ce prix qu'elle soit rachetéel
ATALIDE
Seigneur, vous pourriez vivre , et ne me point trahir.
BAJAZBT.
Parlez : si je le pais, Je suis prêt d'obéir.
ATALIDE
La sultane vous aime; et, malgré sa colère. Si vous preniez, seigneur, plus de soin de lui plidre; Si vos soupirs daignoient lui faire pressentir Qu'un Jour...
BAJ AZET.
Je vous entends : Je n'y puis consentir. Ne vous figurez point que, dans cette journée. D'un lâche désespoir ma vertu consternée Craigne les soins d'un trône où je pourrois monter. Et par un prompt trépas cherche à les éviter. J'écoute trop peut-être une imprudente audace ; Mais , sans cesse occupé des grands noms de ma race, Jespérois que, fuyant an indigne repos, Je prendrois quelque place entre tant de héros.
ACTB IL M»
Maib , quelque ambition , quelque amour qui me brûle, Je ne puis plus tromper une amante crédule. En rain , pour me saurer, Je rous l'aurois promis : Et ma bouche et mes yeux , du mensonge ennemis , Peut-être, dans le temps que Je voudrois lui plaire, Feroient par leur désordre un effet tout contraire; Et de mes froids soupirs ses regards offensés Verroient trop que mon cœur ne les a point poussés. O ciel ! combien de fois Je l'aurois éclaircie, Si Je n'eusse à sa haine exposé que ma vie; Si Je n'avois pas craint que ses soupçons Jaloux N'eussent trop aisément remonté Jusqu'à vous! Et J'irois l'abuser d'une fausse promesse! Je me parjureroisi Et, par cette bassesse... ih ! loin de m'ordonner cet indigne détour. Si votre coeur étoit moins plein de son amour, le vous verrois , sans doute , en rougir la première Mais, pour vous épargner une injuste prière, Adieu ; Je vais trouver Roxane de ce pas. Et Je vous quitte.
ATALIDE
Et moi , Je ne vous quitte pas.
Venez, cruel, venez. Je vais vous y conduire; Et de tous nos secrets c'est moi qui veux l'instruire. Puisque, malgré mes pleurs, mon amant furieux 8e fait tant de plaisirs d'expirer k mes yeux, Roxane, malgré vous, nous Joindra l'un et l'autre : Elle aura plus de soif de mon sang que du vôtre \ Et je pourrai donner à vos yeux effrayés Le spectacle sanglant que vous me prépariez.
BAJAZET
0 ciel ! que faites-vous?
ATALIUB.
Cruel! pouvez-vou8 croire Que je sois moins que vous jalouse de ma gloire Pensez-vous que cent fois, en vous faisant parler, Ma rougeur ne fût pas prête à me déceler? Mais on me présentoit votre perte prochaine. Pourquoi faut-il, ingrat! quand la mien ue est certaine. Que vous n'osiez pour moi ce que j'osois pour vous? Peut-être II sufOra d'un mot un peu plus doux; Roxane dans son cœur peut-être vous pardonne.
Ml BAJAZBT.
Vou4-même, vous voyez le temps qu'elle vous donne t k-t-elle, en vous quittant, fait sortir le vizir? Des gardes à mes yeux viennent-ils vous saisir? Enfin, dans sa fureur implorant mon adresse, Ses pleurs ne m'orit-ila pas découvert sa tendresse? Peut-être elle n'attend qu'un espoir incertain Qui lui fasse tomber les armes de la main. Allez, seigneur, sauvez votre vie et la mienne.
BAJAZET
Hé bien... Mais quels discours faut-il que Je lui tienne T
ATALIDB.
Ab ! daignez sur ce choix ne me point consulter. L'occasion , le ciel pourra vous les dicter. Allez : entre elle et vous Je ne dois point paroltre: Votre trouble ou le mien nous feroit reconnoître. Allez : encore un coup, je n'ose m'y trouver. Dites... tout ce qu'il faut, seigneur, pour vous sauver.
FIN DU DBUXlàllB ACTB.