‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 246 sur 459 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

ROXANE, ZATIME.

ROXANE

Ah ! que viens-tu m'apprendre , Zatime? Bajazet en est-il amoureux?

Vois-tu, dans ses discours, qu'ils s'entendent tous deux]

ZATIHE.

Elle n'a point parlé : toujours évanouie ,

Madame , elle ne marque aucun reste de vie

Que par de longs soupirs et des gémissements

Qu'il semble que son cœur va suivre à tous moments.

Vos femmes, dont le soin à l'envi la soulage,

Ont découvert son sein pour leur donner passage.

Moi-même , avec ardeur secondant ce dessein ,

J'ai trouvé ce billet enfermé dans son sein :

Du prince votre amant j'ai reconnu la lettre.

Et j'ai «u qu'en vos mains je devois le remettre.

ROXANE

Donne... Pourquoi frémir? et quel trouble soudain Me glace à cet objet, et fait trembler ma m^in? Il peut l'avoir écrit sans m'avoir offensée ; • Il peut même... Lisons, et voyons sa pensée :

« ni la mort, ni vous-même,

K Ne me ferez jamais prononcer que je l'aime, « Puisque jamais je n'aimerai que vous. »

Ah ! de la trahison me voilà donc instruite !

Je reconnois l'appât dont ils m'avoient séduite.

Ainsi donc mon amour étoit récompensé.

Lâche, indigne du jour que je t'avois laissél

Ah ! je respire enfin ; et ma joie est extrême

Que le traître, une fois, se soit trahi lui-même.

Libre des soins cruels où j'allois m'engager,

Ma tranquille fureur n'a plus qu'à se venger.

Qu'il meure : vengeons-nous. Courez : qu'on le saisisse

Que la main des muets s'arme pour son supplice;

Qc'ib viennent préparer ces nœuds infortunés

Pa» qui de ses pareils les jours sont terminés.

Cours I Zatime, sois prompte à servir ma colère.

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