‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 247 sur 459 · ACTE IV, 4n · texte numérisé non relu

ACTE IV, 4n

ZATIMB.

Ah, madame!

Quoi donc?

ZATIME.

Si, sans trop vous déplaire, Dans les justes transports, madame, où je vous vois, J'osois vous faire entendre une timide voix : Bajazet, il est vrai, trop indigne de vivre, Aux mains de ces cruels mérite qu'on le livre; Mais, tout ingrat qu'il est, croyez-vous aujourd'hui Qu'Amurat ne soit pas plus à craindre que lui? Et qui sait si déjà quelque bouche infidèle Ne l'a point averti de votre amour nouvelle? Des cœurs comme le sien, vous le savez assez, Ne se regagnent plus quand ils sont offensés; Et la plus prompte mort, dans ce moment sévère, Devient de leur amour la marque la plus chère,

Avec quelle insolence et quelle cruauté

Ils se jouoient tous deux de ma crédulité !

Quel penchant, quel plaisir je sentois à les croircl

Tu ne remportois pas une grande victoire ,

Perfide , en abusant ce cœur préoccupé ,

Qui lui-même craignoit de se voir détrompé!

Moi qui , de ce haut rang qui me rendoit si fière,

Dans le sein du maliieur t'ai cherché la première

Pour attacher des jours tranquilles, fortunés,

Aux périls dont tes jours étcient environnés.

Après tant de bontés, de soins, d'ardeurs extrêmes.

Tu ne saurois jamais prononcer que tu m'aimes I

Mais dans quel souvenir me laissé-je égarer?

Tu pleures, malheureuse! Ah! tu devois pleurer

Lorsque, d'un vain désir à ta perte poussée.

Tu conçus de le voir la première pensée.

Tu pleures! et l'ingrat, tout prêt à te trahir,

Prépare les discours dont il veut t'éblouir;

Pour plaire à ta rivale, il prend soin de sa vie.

Ah, traître! tu mourras!... Quoi! tu n'es point partie?

Va. Mais nous-méme allons, précipitons nos pas :

Qu'il me voie, attentive au soin de son trépas.

Lui montrer à la fois, et l'ordre de son frère.

414 BAJâZGT.

Et de sa trahison ve gage trop sincère.

Toi, Zatime, retiens ma rivale en ces lieux.

Qu'il n'ait, en expirant, que ses cris pour adieux, ♦

Qu'elle soit cependant fidèlement servie;

Prends soin d'elle : ma haine a besoin de sa vie.

Ah ! si pour son amant facile à s'attendrir,

La peur de son trépas la fit presque mourir,

Quel surcroît de vengeance et de douceur nouvelle

De le montrer bientôt pâle et mort devant elle,

De voir sur cet objet ses regards arrêtés

Me payer les plaisirs que je leur ai prêtés !

Va, retiens-la. Surtout, garde bien le silence.

Moi... Mais qui vient ici différer ma vengeance?

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