‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 251 sur 459 · ACOMAT, OSMIN · texte numérisé non relu

ACOMAT, OSMIN

ACOBAT.

Demeure : il n'est pas temps, cher Osmin, que je 8ort«.

OSUfIf.

Quoi ! jusque-là, seigneur, votre amour vous transporte N'avez-vous pas poussé la vengeance assez loin? Voulex-voos de sa mort être encor le témoin î

ACOMAT

Que veux-iu dire? Es-tu toi-même si crédule Que de me soupçonner d'un courroux ridicule Moi , jaloux ! Plût au ciel que me manquant de M L'imprudent B^azet n'eût offensé que moi 1

416 BAJAZET

OSMIN

El pourquoi donc, seigneur, au lieu de le défendre.M'

ACOMAT

Eh! la sultane est-elle en état de m'entendre? Ne voyois-tu pas bien , quand je l'allois trouver, Que j'allois avec lui me perdre ou me sauver? Ah! de tant de conseils événement sinistre! Prince aveugle! ou plutôt trop aveugle ministre. Il te sied bien d'avoir en de si Jeunes mains , Chargé d'ans et d'honneurs, confié tes desseins. Et laissé d'un vizir la fortune flottante Suivre de ces amants la conduite imprudente!

OSMIN

Hé ! laissez-les entre eux exercer leur courroux t Bajazet veut périr ; seigneur, songez à vous. Qui peut de vos desseins révéler le mystère, Sinon quelques amis engagés à se taire ? Vous «errez par sa mort le sultan adouci.

ACOMAT

Roxane en sa fureur peut raisonner ainsi :

Mais moi qui vois plus loin; qui, par un long usage.

Des maximes du trône ai fait l'apprentissage ;

Qui, d'emplois en emplois, vieilli sous trois sultans,

Ai vu de mes pareils les malheuis éclatants.

Je sais, sans me flatter, que de sa seule audace

On homme tel que moi doit attendre sa grâce.

Et qu'une mort sanglante est l'unique traité

Qui reste entre l'esclave et le maître irrité.

OSMIN

Fuyez donc.

ACOMAT

J'approuvois tantôt cette pensée :

Mou entreprise alors étoit moins avancée; Mais il m'est désormais trop dur de reculer. Par une belle chute il faut me signaler. Et laisser un débris du moins après ma fuite, Qui de mes ennemis retarde la poursuite. Bajazet vit encor : pourquoi nous étonner? Acomat de plus loin a su le ramener.

Sauvons-le malgré lui de ce péril extrême, Pour nous, pour nos amis, pour Roxane elle-mP.me. Tu vois combien son cœur, prêt à le protéger.

ICTB iT. 417

A retenu mon bras trop prompt à la venger. Je connois peu l'amour; mais j'ose te répondre Qu'il n'est pas condamné, puisqu'on veut le confondre; Que nous avons du temps. Malgré soa désespoir, [\oxane l'aime encore , Osmin , et le va voir.

os MIN.

Enfin , que vous inspire une si noble audace? Si Roxane l'ordonne, il faut quitter la place : Ce palais est tout plein...

ACOMAT

Oui, d'esclaves obscurs, Nourris, loin de la guerre, à l'ombre de ses murs. Mais toi , dont la valeur, d'Âmurat oubliée , Par de communs chagrins à mon sort s'est liée , Voudras-tu jusqu'au bout seconder mes fureurs?

OSMIN

Seigneur, vous m'offensez : si vous mourez, je meurs.

ACOMAT

D'amis et de soldats une troupe hardie

Aux portes du palais attend notre sortie;

La sultane d'ailleurs se fie à mes discours :

Nourri dans le sérail, j'en connois les détours;

Je sais de Bajazet l'ordinaire demeure ;

Ne tardons plus, marchons; et, s'il faut que je meure ,

Mourons; moi, cher Osmin, comme un vizir; et toi.

Comme le favori a'un homme tel que moi.

FIN DC ÇUAIBiftUK ACTM.

BAJAZBT.

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