‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 264 sur 459 · ACTE PREMIER SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER SCÈNE I

XIPHARÈS, ARBATE.

XIPHARÈS

On nous faisoit, Arbate, un fidèle rapport : Rome en effet triomphe, et Mithridate est mort. Les Romains, vers l'Euphrate, ont attaqué mon père». Et trompé dans la nuit sa prudence ordinaire. Après un long combat, tout son camp dispersé Dans la foule des morts, en fuyant, l'a laissé; Et j'ai su qu'un soldat dans les mains de Pompée Avec son diadème a remis son épée.

Ainsi ce roi, qui seul a, durant quarante ans. Lassé tout ce que Rome eut de chefs importants. Et qui , dans l'Orient balançant la fortune , Vengeoit de tous les rois la querelle commune ,

I Meurt, et laisse après lui, pour venger son trépas,

[Deux fils infortunés qui ne s'accordent pas.

ARBATE.

Vous, seigneur! Quoi! l'ardeur de régner en sa place Rend déjà Xipharès ennemi de Phamaceî

XIPHARÈS

Non, Je ne prétends point, cher Arbate, à ce prix,

1. Ce fut près de la ville de Dastire que Pompée surprit Mithrtdata, et le renfenna dans sou camp par un rempart de cent cinquante stades de circuit. Mithridate ne le franchit qu'à la faveor des ténèbre*, et fut vaincu la nuit suivante. (Lumbau or Boisscrmain.)

438 MITHRIDATB.

I D'un malheureux empire acheter les débris. Je sais en lui des ans respecter l'avantage; Et, content des États marqués pour mon partage. Je verrai sans regret tomber entre ses mains Tout ce que lui promet l'amitié des Romains.

ARBATE.

L'amitié des Romains? Le fils de Mithridate, Seigneur? Est- il bien vrai?

XIPHARÈS

N'en doute point, Arbatei Pharnace , dès longtemps tout Romain dans le cœur, Attend tout maintenant de Rome et du vainqueur. Et moi, plus que jamais à mon père fidèle, Je conserve aux Romains une haine immortelle. Cependant et ma haine et ses prétentions Sont les moindres sujets de nos divisions.

ARBATE.

Et quel autre intérêt contre lui vous anime?

XIPHARÈS

Je m'en vais t'étonner : cette belle Monime, I Qui du Toi notre père attira tous les vœux , I Dont Pbarnace, après lui, se déclare amoureux...

ARBATE.

Eh bien, seigneur?

XIPHARÈS

Je l'aime, et ne veux plus m'en taire, Puisqu'rnfin pour rival je n'ai plus que mon frère '. Tu ne t'attendois pas, sans doute, à ce discours; Mais ce n'est point, Arbale, un secret de deux jours. Cet amo^r s'est longtemps accru dans le silence. Que n'en puis-je à tes yeux marquer la violence. Et mes premiers soupirs, et mes derniers ennuis! Mais, en l'état funeste où nous sommes réduits. Ce n'est guère le temps d'occuper ma mémoire A rappeler le cours d'une amoureuse histoire. Qu'il te suffise donc, pour me justifier. Que je vis, que j'aimai la reine le premier; Que mot) père ignoroit jusqu'au nom de Mouime

1. Le «pectateui reçoit presque à chaque vers une instruction doovelle : à peine connaît-il les caractères différents des deux frères, qu'il apprend leur rivalité. C'est là le mérite essentiel d'une bonne exposition : jamais le sujet n'y est trop tOt expliqua. ( GRorFHOV.)

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