‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 276 sur 459 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

HOMME, XIPHABÈS

XIPHARBS.

Que dîraî-Je, madame ? et comment dois-je entendre Cet ordre, ce discours que je ne puis comprendre? Seroit-il vrai, grands dieux! que, trop aimé de vous, Pharnace eût en eflet mérité ce courroux ? Pharnace auroit-il part à ce désordre extrême?

MON I ME

Pharnace? Ociel! Pharnace! Ah! qu'entends-je moi-mâmel

Ce n'est donc pas assez que ce ftineste jour

A tout ce que j'aimois m'arrache sans retour,

Et que, de mon devoir esclave infortunée,

A d'éternels ennuis je me voie enchaînée?

Il faut qu'on Joigne encor l'outrago à mes douleurs!

A l'amour de Pharnace on impute mes pleurs !

Malgré toute ma haine on veut qu'il m'ait su plairei

Je le pardonne au roi , qu'aveugle sa colère.

Et qui de mes secrets no peut être éclairci ;

Mais vous , seigneur, mais vous , me traitez-vous ainsi t

XIPHARÈS

Ah! madame, excusez un amant qui s'égare, Qui lui-même, lié par un devoir barbare. Se voit près de tout perdre, et n'ose se venger. Mais des fureurs du roi que puis-je enfin juger? Il se plaint qu'à ses vœux un autre amour s'oppose : Quel heureux criminel en peut être la cause? Qui? Parlez.

MOniHB.

Vous cherchez, prince, à vous tourmenter. Plaignez votre malheur, sans vouloir l'augmenter.

XIPHARÈS

Je sais trop quel tourment je m'apprête moi-même. C'est peu de voir im père épouser ce que j'aime :

458 MITHRIDATE

Voir encore un rirai honoré de vos pleurs Sans doute c'est pour moi le comble des maineurs' Mais dans mon désespoir je cherche à les accroîtrez Madame, par pitié, faites-le-moi connoltre : Quoi est-il, cet amant? Qui dois-Je soupçonner?

MONIME

Avez-vous tant de peine à vous l'imaginer? Tantôt, quand je fuyois une injuste contrainte, A qui contre Pharnace ai-je adressé ma plainte? Sous quel appui tantôt mon cœur s'est-il jeté 'î Quel amour ai-je enfin sans colère écouté?

XIPHARÈS

O ciel ! Quoi ! je serois ce bienheureux coupable Que TOUS avez pu voir d'un regard favorable? Vos pleurs pour Xipbarès auroient daigné couler?

HOMME

Oui , prince : il n'est plus temps de le dissimuler} ' Ma douleur pour se taire a trop de violence. Un rigoureux devoir me condamne au silence; Mais il faut bien enfin, malgré ses dures lois, Parler pour la première et la dernière fois. Vous m'aimez dès longtemps : une égale tendresse Pour vous, depuis longtemps, m'afflige et m'int^esse. Songez depuis quel jour ces funestes appas Firent naître un amour qu'ils ne méritoient pas. Rappelez un espoir qui ne vous dura guère, Le trouble où vous jeta l'amour de votre père. Le tourment de me perdre et de le voir heureux , Les rigueurs d'un devoir contraire à tous vos vœux; Vous n'en sauriez, seigneur, retracer la mémoire. Ni conter vos malheurs, sans conter mon histoire; Et, lorsque ce matin j'en écoutois le cours. Mon cœur vous répondoit tous vos mômes discours Inutile, ou plutôt fumste sympathie !

Trop parfaite uuîon par le sort démentie! Ah ! par quel soin cruel le ciel avoit-il joint Deux cœurs que l'un pour l'autre il ne destinoit point 1 Car, quel que soit vers vous le penchant qui m'attire. Je vous le dis, seigneur, pour ne plus vous le dire,

i. Un eaur qui $e jette ious un appui: cette métaphore n'est . i acT^ble ni Joiw. 'OsorFaoT.)

▲CTB IL «a»

Ma gloire me rappelé et m'entraîne à l'autol. Où je vais vous jurer an silence éternel. J'entends, vous gémissez; mais telle est ma misère, Je ne suis point à vous, je suis à votre père. Dans ce dessein vous-même il faut me soutenir. Et de mon foible cœur m'aider à vous bannir. J'attends du moins, j'attends de votre complaisancs Que désormais partout vous fuirez ma présence. J'en viens de dire assez pour vous persuader Que J'ai trop de raisons de vous le commander. Mais après ce moment, si ce cœur magnanime D'un véritable amour a brûlé pour Monime , Je ne reconnois plus la foi de vos discours. Qu'au soin que vous prendrez de m'éviter toujours.

XIPHARàS.

Quelle marque , grands dieux ! d'un amour déplorable !

Combien, en un moment, heureux et misérable 1

De quel comble de gloire et de félicités ,

Dans quel abîme affreux vous me précipitez 1

Quoi 1 j'aurai pu toucher un cœur comme le vôtre.

Vous aurez pu m'aiœer ; et cependant un autre

Possédera ce cœur dont j'attirois les vœux!

Père injuste, cruel, mais d'ailleurs malheureux !m.

Vous voulez que je fuie, et que je vous évite.

Et cependant le roi m'attache à votre suite.

Que dira-t-il 7

N'importe, il me faut obéir.

Inventez des raisons qui puissent l'éblouir. D'un héros tel que vous c'est là l'effort suprême t Cherchez, prince, cherchez, pour vous trahir vous-même, ITout ce que, pour jouir de leurs contentements, 'L'amour fait inventer aux vulgaires amants. Enfin, je me coniiois, il y va de ma vie : De mes foibles efforts ma vertu se défie. Je sais qu'en vous voyant, un tendre souvenir l'eut m'arracher du cœur quelque indigne soupir; Que je verrai mon âme, en secret déchirée. Revoler vers le bien dont elle est séparée ; Mais je sais bien aussi que, s'il dépend de vous De me faire chérir un souvenir si doux, Vous n'emoèchcrez pas aue ma gloire ofienséo

40O MITHRIDATB.

N'en punisse aussitôt la coupable pensée; Que ma main dans mon cœur ne vous aille chercher. Pour y laver ma honte, et vous en arracher. Que dis-je? En ce moment, le dernier qui nous reste. Je me sens arrêter par un plaisir funeste : 1 Plus je vous parle, et plus, trop foible que Je suis, I Je cherche à prolonger le péril que je fuis. Il faut pourtant, il faut se faire violence ; Et , sans perdre en adieux un reste de constance , Je fuis. Souvenez-vous, prince, de m'éviter; Et méritez les pleurs que vous m'allez coûter.

XIPQAKÈS.

àh! madame!... Elle fuit, et ne veut plus m'entendre. Malheureux Xipharès , quel parti dois-tu prendre î On t'aime, on te linnit; toi-môme tu vois bien Que ton propre devoir s'accorde avec le sien : Cours par un prompt trépas abréger ton supplice. Toutefois attendons que son sort s'éclaircisse ; Et s'il faut qu'un rival la ravisse à ma foi , Du moins, en expirant, ne la cédons qu'au roL

riN DU OBDXIÈUR ACTK.

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