‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 285 sur 459 · ACTE IV. *TI · texte numérisé non relu

ACTE IV. *TI

HOMME

Qu*entecds-je7 On me disoit... Hélas! ils m'ont trahie^

XIPIIARBS.

Madame, je ne sais quel ennemi couvert.

Révélant nos secrets, vous trahit et me perd.

Mais le roi, qui tantôt n'en croyoit point Pharnace,

Maintenant dans nos cœurs sait tout ce qui se passe.

11 feint , il me caresse et cache son dessein ;

Mais moi, qui, dès l'enfance élevé dans son sein, .

De tous ses mouvements ai trop d'intelligence.

J'ai lu dans ses regards sa prochaine vengeance.

Il presse, il fait partir tous ceux dont mon malhear

Pourroit à la révolte exciter la douleur.

De ses fausses bontés j'ai connu la contrainte.

Un mot même d'Arbate a confirmé ma crainte :

Il a su m'aborder; et, les larmes aux yeux,

■ On sait tout, m';!-t-il dit, sauvez-vous de ces lieux. •

Ce mot m'a fait frémir du péril de ma reine;

Et ce cher intérêt est le seul qui m'amène.

Je vous crains pour vous-même; et je viens à genoax

Vous prier, ma princesse , et vous fléchir pour voua.

Vous dépendez ici d'une main violente,

Que le sang le plus cher rarement épouvante;

Et je n'ose vous dire k quelle cruautéi

Mithridate jaloux s'est souvent emporté.

Peut-être c'est moi seul que sa fureur menace;

Peut-être, en me perdant, il veut vous faire grâce:

Daignez, au nom des dieux, daignez en profiter;

Par de nouveaux refus n'allez point l'irriter.

Moins vous l'aimez, et plus tâchez de lui complaire;

Feignez, efforcez-vous : songez qu'il est mon père.

Vivez ; et permettez que dans tous mes malheurs

Je puisse à votre amour ne coûter que des pleurs.

^ HORiHR.

Ah 1 je \ous ai perdu !

XIPHARÈS

Généreuse Monime, Ne vous imputez point le malheur qui m'opprime. Votre seule bonté n'est point ce qui me nuit : ,i -t ç^-'-"jje suis un malheureux que le destin poursuit; X-^ Ccst lui qui m'a ravi l'amitié de mon père. Qui le fît mon rival, qui révolta ma mère,

04 MITH RIDAT B.

Et vient de susciter, dans ce moment affreux^ Un secret ennemi pour nous trahir tous deux.

HONIMB.

Hé quoi! cet ennemi, tous l'ignorez encore?

XIPHARÈS

Pour surcroît de douleur, madame, je l'ignore. Heureux si je pou vois, uvant que m'immoler. Percer le traître cœur qui m'a pu déceler 1

VONIME.

Hé bien ! seigneur, il faut vous le faire connoltre. Ne cherchez point ailleurs cet ennemi, ce traître; Frappez : aucun respect ne vous doit retenir. J'ai tout fait : et c'est moi que vous devez punir.

XIPHARÈS

Vous!

iioniME.

Ah! si vous saviez, prince, avec quelle adresse Le cruel est venu surprendre ma tendresse I tjuelle amitié sincère '/. affectoit pour vous! Content , s'il vous voyoit devenir mon éponxl Qui n'auroit cru...? Mais non, mon amour plus timide Devoit moins vous livrer à sa bonté perfide. Les div,ax qui m'inspiroient, et que j'ai mal suivis. M'ont fait taire trois fois par de secrets avis. J'ai dû continuer; j'af dû dans tout le reste... Que sals-je enfin î j'ai dû vous ôtre moins funeste t J'ai dû craindre du roi les dons empoisonnés, Et Je m'en punirai , si vous me pardonnez.

XIPUAHÈS.

Quoi , madame I c'est vous , c'est l'amour qui m'expossî Mon malheur est parti d'une si belle cause? Trop d'amour a trahi nos secrets amoureux ; Et vous vous excusez de m'avoir fait heureux! tjue voudrois-je de plus? glorieux et fidèle. Je meurs. Un autre sort au trône vous appelle i Consentez-y, madame; et, sans plus résister, Achevex un hymen qui vous y fait monter.

MONIMB.

Quoi ! TOUS me demandez que j'épouse un barbare Dont l'odieux amour pour jamais nous sépare?

X I P H A R fe s.

Songez que ce loatin , soumise à «es souhaits,

ACTB IT. «5

Vous deviez l'épouser, et ne me voir Jamais.

MONIUB.

Eh! connoissois-Je alors toute sa barbarie 7

Ne voudriez-vous point qu'approuvant sa furie,

Après vous avoir vu tout percé de ses coups.

Je suivisse à l'autel an tyran nique époux;

Et que, dans ane main de votre sang fumante,

J'allassR mettre, hélas! la main de votre amante?

Allez : de ses fureurs songez à vous garder.

Sans perdre ici le temps à me persuader :

Le ciel m'inspirera quel parti Je dois prendre.

Que serolt-ce , grands dieux ! sll venoit vous surprendra !

Que dis-Jeî on vient. Allez : courez. Vivez enfin ;

Et du moins attendez quel sera mon destin.

Page 1