‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 286 sur 459 · MITHRIDATE, MONIME · texte numérisé non relu

MITHRIDATE, MONIME

UITHRIDATB.

Allons, madame, allons. Une raison secrète Me fait quitter ces lieux et hâter ma retraita. Tandis que mes soldats, prêts à suivre leur roi. Rentrent dans mes vaisseaux pour partir avec mol. Venez , et qu'à l'autel ma promesse accomplie Par des nœuds étemels l'un à l'autre nous lie.

MOHIUB.

Nous, seigneur?

VITHRIDATB.

Quoi , madame I osez-vous balancer?

MONIME

Et n« m'avez-vous pas défendu d'y penser?

«8 MITHRIDATB.

MITHRIDATE

Teus mes raisons alors : oublions-les, madame. Ne songez maintenant qu'à répondre à ma flamme. Songez que votre cœur est un bien qui m'est dû.

MONIUE.

Hét pourquoi donc, seigneur, me l'avez-vous rendu?

MITHRIDATE

Quoi ! pour un fils ingrat toujours préoccupée, Vous croiriez...

VORIKE.

Quoi, seigneur! vous m'auriez donc trompéel

MITHRIDATE

Perfide! il vous sied bien de tenir ce discours, Vous qui, gardant au cœur d'infidèles amours, Quand je vous élevois au comble de la gloire , M'avez des trahisons préparé la plus noire! Ne vous souvient-il plus, cœur ingrat et sans foi. Plus que tous les Romains conjuré contre moi, De quel rang glorieux j'ai bien voulu descendre Pour vous porter au trône où vous n'osiez prétendre? Ne me regardez point vaincu, persécuté : Revoyez-moi vainqueur, et partout redouté. ^Songez de quelle ardeur dans Éphèse adorée, \j*'^ IAux ''lUes de cent rois je vous ai préférée;

Et, négligeant pour vous tant d'heureux alliés, Quelle foule d'États je mettois à vos pieds. Ah! si d'ss autre amour le penchant invincible Dès lors à mes bontés vous rendoit insensible, Pourquoi chercher si loin un odieux époux 7

U Avant que de partir, pourquoi vous taisiez- vous? ,j;» Attendiez-vous , pour faire un aveu si funeste.

Que le »ort ennemi m'eût ravi tout le reste.

Et que, de toutes parts nie voyant accabler, ^ , />, J'eusse en vous le seul bien qui me pût consoler!

^^ Cependant, quand je veux oublier cet outrage,

Et cacher à mon cœur cette funeste image.

Vous osez à mes yeux rappeler le passé !

Vous m'accusez encor, quand je suis offensé!

}e vois que pour un traître un fol espoir vous flatte.

A quelle «Jpreuve, ô ciel, réduis-tu Mithridatet

Par quel charme secret laissé-je retenir

l'fy^\

ACTB IV. ten

Ce co\irroux sî sévère et si prompt à punir? Profitez du moment que mon amour vous donne : Pour la dernière fois, venez, je vous l'ordonne. N'attirez point sur vous des périls superflus , Pour un fils insolent que vous ne verrez plus. Sans vous parer pour lui d'une foi qui m'est due. Perdez-en la mémoire , aussi bien que la vue : Et , désormais , sensible à ma seule bonté, Méritez le pardon qui vous est présenté.

Je n'ai point oublié quelle reconnoissance,

Seignear, m'a dû ranger sous votre obéissance :

Quelque rang où jadis soient montés mes aïeux.

Leur gloire de si loin n'éblouit point mes yeux.

Je songe avec respect de combien Je suis née

Aa-dessoas des grandeurs d'un si noble hyménée :

Et, malgré mon penchant et mes premiers desseins

Pour un fils, après vous, le plus grand des humains.

Du Jour que sur mon front on mit ce diadème ,

Je renonçai, seigneur, à ce prince, à moi-même.

Tous deux d'intelligence à nous sacrifier,

Loin de moi , par mon ordre , il couroit m'oublier.

Dans l'ombre du secret ce feu s'alloit éteindre;

Et même de moa sort je ne pouvois me plaindre,

Puisque enfin, aux dépens de mes voeux les plus doux,

Je faisois le bonheur d'un héros tel que vous.

Vous seul , seigneur, vous seul , vous m'avez arrachée

A cette obéissance où j'étois attachée;

Et ce fatal amour dont J'avois triomphé.

Ce feu que dans l'oubli je croyois étouffé ,

Dont la cause à jamais s'éloignoit de ma vue.

Vos détours l'ont surpris, et m'en ont convaincae.

Je vous l'ai confessé, je le dois soutenir.

En vain vous en pourriez perdre le souvenir;

Et cet aveu honteux, où vous m'avez forcée,

Demeurera toujours présent à ma pensée ;

Toujours je vous croirois incertain de ma foi ;

Et le tombeau , seigneur, est moins triste pour moi

Que le lit d'un époux qui m'a fait cet outrage ,

Qui s'est acquis sur moi ce cruel avantage.

Et qui, me préparant un éternel ennui,

ffl.

418 MITHRIDATB.

M'a fait rougir d'uo feu qui n'étoit pas poor lui >.

MITBRIDATE.

C'est donc votre réponse? et, sans plus me compltdre. Vous refusez l'honneur que Je voulois vous faire ? Pensez-y bien. J'attends pour uje déterminer...

Non, seigneur, vainement vous croyez m'étonner. Je vous connois : Je sais tout ce que Je m'apprête, Et Je vois quels malheurs J'assemble sur ma tète: Mais le dessein est pris; rien ne peut m'ébranler. Jugez-en , puisque ainsi Je vous ose parler. Et m'emporte au delà de cette modestie Dont Jusqu'à ce moment Je n'étois point sortie. Vous vous êtes servi de ma funeste main Pour mettre à votre fils un poignard dans le sein t De ses feux innocents J'ai traiii le mystère ; Et, quand il n'en perdroit que l'amour de son père. Il en mourra , seigneur. Ma foi ni mon amour Ne seront point le prix d'un si cruel détour. Après cela. Jugez. Perdez une rebelle; Armez-vous du pouvoir qu'on vous donna sur elle. J'attendrai mon arrêt; vous pouvez commander. Tout ce qu'en vous quittant J'ose vous demander, Croyez (à la vertu je dois cette Justice) Que Je vous trahis seule , et n'ai point de complicei Et que d'un plein succès vos vœux seroient suivi» Si J'en croyois , seigneur, les vœux de votre fils.

MITHRIDATE

Elle me quitte ! Et moi , dans uu lâche silence. Je semble de sa fuite approuver l'insolence ! I Peu s'en faut que mon cœur, penchant de son côté « Ne me condamne encor de trop de cruauté ! Qui suis-je? Est-ce Monimeî Et suis-Je Mithridatet Non , non , plus de pardon , plus d'amour pour l'ingrate. Ma colère revient, et Je me reconaois : Immolons, en partant, trois ingrats à la fois.

1. Tout ce rôle de Monime offie la réunion de toutee les bientaancea; c'est, «a jugement de* aeilleurs critiques, l'un des plus paiîêHê du théâUe da JtKUM. ('• !••)

ACTB IV. 41S

Je vais k Rome ; et c'est par de tels sacrifices Qu'il faut à ma fureur rendre les dieux propices. Je le dois, je le puis; ils n'ont plus de support : Les plus séditieux sont déjà loin du bord. Sans distinguer entre eux qui je hais ou qui j'aime, Allons, et commençons par Xipharès lui-même. Mais quelle est ma fureur ! et qu'esi-ce que je dis! Tu vas sacrifier... qui, malheureux? Ton fils! Un fils que Rome craint ! qui peut venger son père ! Pourquoi répandre un sang qui m'est si nécessaire? Ah ! dans l'état funeste où ma chute m'a mis , Est-ce que mon malheur m'a laissé trop d'amis? Songeons plutôt, songeons à gagner sa tendresse t J'ai besoin d'un vengeur, et non d'une maltresse. Quoi ! ne vaut-il pas mieux , puisqu'il faut m'en priver, La céder à ce fils que je veux conserver? Cédons-la. Vains efforts, qui ne font que m'instruire Des foiblesses d'un cœur qui clierche à se séduire I Je brûle, je l'adore ; et, loin de la bannir... Ah! c'est un crime encor dont je la veux punir. Quelle pitié retient mes sentiments timides ? N'en ai-je pas déjà puni de moins perfides? O Monime ! ô mon fils ! Inutile courroux ! > Et vous , heureux Romains , quel triomphe pour vous I ' Si vous saviez ma honte , et qu'un avis lidèle De mes lâches combats vous portât la nouvelle! Quoi! des plus chères mains craignant les trahisons. J'ai pris soin de m'armer contre tous les poisons ; J'ai su, par une longue et pénible industrie, Des plus mortels venins prévenir la furie : Ah ! qu'il eût mieux valu, plus sage et plus heureux. Et repoussant les traits d'un amour dangereux , Ne pas laisser remplir d'ardeurs empoisonnées Un cœur déjà glacé par le froid des années I De ce trouble fatal par où dois-je sortir?

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