SCÈNE IL
HIPPOLYTE, THÉRAMËNE, CENONE.
(KlfORE.
Hélas! seigneur, quel trouble au mien peut être égal? La reine touche presque à son terme fatal. En vain à l'observer jour et nuit je m'attache; Elle meurt dans mes bras d'un mal qu'elle me cache. Un désordre éternel règne dans son esprit; Son chagrin inquiet l'arrache de son lit : Elle veut voir le jour; et sa douleur profonde M'ordonne toutefois d'écarter tout le monde... £lle vient.
HIPPOLTTE.
n suffit : je la laisse en ces lieux, Et ne lui montre point un visage odieux.
SCÈiNE III.
PHÈDRE, OENONE
PHÈDBB.
N'allons point plus avant, demeurons, chère OEnone •. Je ne me soutiens plus; ma force m'abandonne t Mes yeux sont éblouis du jour que je revoi; Et mes genoux tremblants se dérobent sous moi. Hélas!
(Elle s'usied.)
CENONE.
Dieux tout-puissants , que nos pleurs vous apaisent! L Tout lo commencamâut da cette scône est imité d'Bai ipide.
*66 PHËDRB.
Que ces vains ornements, que ces voiles me pèsent ! Quelle importune main, en formant tous ces nœuds, A pris soin sur mon front d'assembler mes cheveu:^? Tout m'afflige, et me nuit, et conspire à me nuire.
OENONE
Comme on voit tous ses vœux l'un l'autre se détruire I Vous-même, condamnant vos injustes desseins, Tantôt à vous parer vous excitiez nos mains ; Vous-mêma, rappelant votre force première. Vous vouliez vous montrer et revoir la lumière. Vous la voyez, madame; et, prête à vous cacher. Vous haïssez le Jour que vous veniez chercher!
PHÈDRE
Noble et brillant auteur d'une triste famille , Toi , dont ma mère osoit se vanter d'être fille, Qui peut-être rougis du trouble où tu me vois. Soleil, je te viens voir pour la dernière foi»!
CENONE.
Quoi î vous ne perdrez point cette cruelle enviet Vous verrai-je toujours, renonçant à la vie, Faire de votre mort les funestes apprêts?
PHÈDRE
Dieux! que ne suis-je assise à l'ombre des forêts! Quand pourrai-je, au travers d'une noble poussière, Suivre de l'œil un cnar fuyant dans la carrière?
OERONE.
Quoi, madame?
PHÈDRE
Insensée! où suis-je? et qu'ai-je dit?
Où laissé-je égarer mes vœux et mon esprit? Je l'ai perdu : les dieux m'en ont ravi l'usage. QËnone , la rougeur me couvre le visage : Je te laisse trop voir mes honteuses douleurs; Et mes yeux , malgré moi, se remplissent de pleurs.
OENONE
Ah ! s'il vous faut rougir, rougissez d'un silence Qui de vos maux encore aigrit la violence. Rebelle à tous nos soins, sourde à tous nos discours, Voulez-vous, sans pitié, laisser finir vos jours? Quelle fureur les borne au milieu de leur course? Quel chwme ou quel poison en a tari la source?
ACTB PRBMIBR. SVI
Les ombres par trois fois ont obscurci les cieux Depuis que le sommeil n'est entré dans vos yeux; Et le Jour a trois fois cbassé la nuit obscure Depuis que votre corps languit sans nourriture. A quel affreux dessein vous laissez-vous tenter? De quel droit sur vous-même osez-vous attenter? Vous offensez les dieux auteurs de votre vie ; Vous trahissez l'époux à qui la foi vous lie; Vous trahissez enfin vos enfants malheureux. Que vous précipitez sous un joug rigoureux. Songez qu'un même Jour leur ravira leur mère, Et rendra l'espérance au fils de l'étrangère, A ce fier ennemi de vous, de votre sang, Ce fils qu'une Amazone a porté dans son flanc, Cet Hippolyte...
PHÈDRB.
Ah, dieux!
(khonb.
Ce reproche vous touche 1
PHfcDItS.
Malheureuse ! quel nom est sorti de ta bouche !
OERONB.
Hé bien ! votre colère éclate avec raison :
J'aime à vous voir fr. uir à ce funeste nom.
Vivez donc : qiie 1'» > our, le devoir, vous excite;
Vivez, ne souffrez p a que le fils d'une Scythe,
Accablant vos enfants d'un empire odieux.
Commande au plus beau sang de la Grèce et des dieux.
Mais ne différez point; chaque moment vous tue:
Réparez promptement votre force abattue.
Tandis que de vos jours, prêts à se consumer.
Le fiambeau dure encore, et peut se rallumer.
PHkDRB.
Ten ai trop prolongé la coupable durée.
nenoRE.
Quoil de quelques remords êtes-vous déchirée? Quel crime a pu produire un trouble si pressant? Vos mains n'ont point trempé dans le sang innocent.
PHèDRK.
Grâces au ciel , mes mains ne sont point criminelles. Plût aux dieux aue mon cœur fût innocent cAnune elles!
MS PUÈDRB.
OCNONB.
Et quel affreux projet avez-vous enfanté Dont votre cœur encor doive être épouvanté f
PHÈDRE
Je t'en ai dit assez : épargne-moi le reste.
J^ meurs, pour ne point faire un aveu si funeste.
OEM ONE.
Mourez donc , et gardez un silence inhumain ; Mais pour fermer vos yeux cherchez une autre ma! Quoiqu'il vous reste à peine une foible lumière, Mon àme chez les morts descendra la première; Mille chemins ouverts y conduisent toujours. Et ma Juste douleur choisira les plus courts. Cruelle! quand ma foi vous a-t-elle déçue? Songez-vous qu'en naissant mes bras vous ont reçue? Mon pays, mes enfants, pour vous j'ai tout quitté. Réserviez-vous ce prix à ma fidélité î
PHÈDRE
Quel fruit espères-tu de tant de violence! Tu frémiras d'horreur si Je romps le silence.
OENONE
Et que me direz-vous qui ne cède, grands dieux, A l'horreur de vous voir expirer à mes yeux?
PHÈDRE
Quand tu sauras mon crime et le sort qui m'accable, Je n'en mourrai pas moins : j'en mourrai plus coupable.
ŒNONE
Madame, au nom des pleurs que pour vous J'ai versé». Par vos foibles genoux que je tiens embrassés. Délivrez mon esprit de ce funeste doute.
PHÈDRE
Tu le veux : lève-toi.
ŒNONE
Parlez : Je vous écoute.
ael! que lui vris-je dire? et par où commencerl
OENONE
Par de vaines frayeurs cessez de m'offenser.
PHÈDRE
G haine de Vénus ! O fatale colère 1
Dans quels égarements l'amour jeta ma mère!
ACTB PRBMIBS. 569
QENONE.
Oubllons-Ies, madame; et qu'à tout l'avenir Un silence éternel cache ce sourenir.
PHÈDRE
Ariane, ma sœur! de quel amour blessée Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée I