‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 341 sur 459 · OE N 0 N E · texte numérisé non relu

OE N 0 N E

Que faites-vous, madame? et quel mortel ennoi Contre tout votre sang vous anime aujourd'hui?

PHÈDRE

Puisque Vénus le veut, de ce sang déplorable Je péris la dernière et la plus misérable.

OCIfONE.

Aimez-vous 7

PHfeDRE.

De l'amour j'ai toutes les fureun.

QENORB.

Pour qui?

PHÈDRE

Tu vas ouïr le comble des horreurs.

Paime... A ce nom fatal , je tremble, je frissonne. Taime...

(KROIIE.

Qui?

PHÈDRE

Tu connois ce fils de l'Amazone, Ce prince si longtemps par moi-même opprimé?

oenoub.

Hippolyte? Grands dieux !

PHÈDRE

C'est toi qui l'as nommé ' I

OCNONE.

Juste ciel ! tout mon sang dans mes veines se glace! O désespoir ! ô crime ! ô déplorable race ! Voyage infortuné ! Rivage malheureux , Falloit-il approcher de tes bords dangereux I

PHÈDRE

Mon mal vient de plus loin. A peine au fils d'Egée

1. Qael dialogue t Les commentatean j indiquent plnsienn imltationj d'Boripide ; maii imiter ainsi , c'est créer.

:,-:g PHÈDRB.

SouB les lois de l'hymen je m'étois engagé.

Mon repos, moa bonheur sembloit être aJSèné

Athènes me montra mon superbe ennemi :

Je le vis, Je rougis, je pâlis à sa vue;

Un trouble s'éleva dans mou àme éperdue ;

Mes yeux ne voyoient plus, je ne pouvois parler}

le sentis tout mon corps et transir et brûler ;

Je reconnus Vénus et ses feux redoutables ,

D'un sang qu'elle poursuit tourments inévitables.

Par des vœux assidus Je crus les détourner :

Je lui b&tis un temple, et pris soin de l'orner;

De victimes moi-même à toute heure entourée ,

Je cherchois dans leurs flancs ma raison égarée i

D'un incurable amour remèdes impuissants!

En vain sur les autels ma main brûloit l'encens t

Quand ma bouche imploroit le nom de la déesse,

J'adorois Hippolyte; et, le voyant sans cesse.

Même au pied des autels que je faisois fumer,

PoiTrois tout à ce dieu que Je n'osois nommer.

Je l'évitois partout. 0 comble de misère!

Mes yeux le retrouvoient dans le» traits de son père,

Contre moi-même enfin j'osai me révolter :

Pexcitai mon courage à le persécuter.

Pour bannir l'ennemi dont j'étois idolâtre ,

J'affectai les chagrins d'une injuste mar&trei

Je pressai son exil ; et mes cris éternels

L'arrachèrent du sein et des bras paternels.

Je respirois, GEnone; et, depuis son absence.

Mes Jours moins agités couloient dans l'innocence :

Soumise & mon époux , et cachant mes ennuis.

De son fatal hymen Je cultivois les fruits.

Vaines précautions! Cruelle destinée!

Par mon époux lui-même à Trézène amenée,

J'ai revu l'ennemi que j 'a vois éloigné :

Ma blessure trop vive aussitôt a saigné.

Ce n'est plus une ardeur dans mes veines cachée:

C'est Vénus tout entière à sa proie attachée.

J'ai conçu pour mon crime une juste terreur :

Tal pris la vie en haine et ma flamme en horreur;

Je Toalois en moarant prendre soin de ma gloire.

Et dérober an Jour une flamme si noire :

fa n'ai pu soutenir tes larmes, tes coinbatst

ACTB PREMIER. BU

le t'ai tout avoué; je ne m'en repens pas, Pourvu que , de ma mort respectant les approches , Ta ne m'affliges plus par d'injustes reproches, Et que tes vains secours cessent de rappeler Un reste de chaleur tout prêt à s'exhaler >.

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