‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 345 sur 459 · ISMÈNE · texte numérisé non relu

ISMÈNE

Non , madame, les dieux ne vous sont plus contraii«K| Et Thésée a rejoint les m&nes de vos frère&

ARICIE

Dit-on quelle aventure a terminé ses Jourst

ISHÈNB.

On sème de sa mort d'incroyables discours. On dit que, ravisseur d'une amante nouvelle, Les flots ont englouti cet époux infidèle. On dit même, et ce bruit est partout répandu, Qu'avec Pirithoûs aux enfers descendu , Il a vu le Cocyte et les rivages sombres. Et s'est montré vivant aux infernales ombres{ Mais qu'il n'a pu sortir de ce triste séjour, Et repasser les bords qu'on passe sans retour.

ARICIE

Croirai-Je qu'un mortel , avant sa dernière heure, Peut pénétrer des morts la profonde demeure? Quel charme l'attiroit sur ces bords redoutés?

ISUÈNE.

"Siésée est mort, madame, et vous seule en doutez :

ÏH PHBDRa

Athènes en gémit; Trézène en est instruite, Et déjà pour son roi reconnolt Hippolyte ; Phèdre, dans ce palais, tremblante pour scfl fils. De ses amis troublés demande les avis.

ARICIB.

Et tu crois que, pour moi plus humain que son père Bippolyte rendra ma chaîne plus légère; Qu'il plaiodra mes malheurs?

ISHÈNE.

Madame , je le croL

ABICIB.

L'insensible Hippolyte est-il connu de toi)

Sur quel frivole espoir penses-tu qu'il me plaigne.

Et respecte en mol seule un sexe qu'il dédaigne?

Tu vois depuis quel temps il évite nos pas ,

Et cherche tous les lieui^ où nous ne sommes pas.

ISHÈNB.

Je sais de ses froideurs tout ce que l'oD récite} Mais j'ai vu près de vous ce superbe Hippolyte; Et même , en le voyant , le bruit de sa fierté A redoublé pour lui ma curiosité.

Sa présence k ce bruit n'a point paru répondre: Dès vos premiers regards je l'ai tu se confondre; Ses yeux, qui vainement vouloient vous éviter. Déjà pleins de langueur, ne pouvoient vous quitter. Le nom d'amant peut-être offense son courage; Mais il en a les yeux, s'il n'en a le langage.

AEICIB.

Que mon cœur, chère Ismène , écoute avidement Un discours qui peut-être a peu de fondement 1 O toi qui me connois , te sembloit-il croyable Que le triste Jouet d'un sort impitoyable , Un cœur toujours nourri d'amertume et de pleur». Dût connoitre l'amour et ses folles douleurs? Reste du sang d'an roi noble fils de la terre. Je suis seule échappée aux fureur* de la guerre : J'ai perdu, dans la fleur de leur jeune saison. Six frères... Quel espoir d'une illustre maisonl Le fer moissonna tout; et la terre humectée But à regret le sang des neveux d'Érechthée. Tu sais, depuis leur mort, quelle sévère loi Défend à tous les Grecs de soupirer poar mol *

Page 1