‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 354 sur 459 · ACTE III. MS · texte numérisé non relu

ACTE III. MS

Régner, et de l'Ètot embrasser la conduitef

PHÈDRE

Uoî, régner! Moi, ranger un état sous ma loi. Quand ma foible raison ne règne plus sur moi! Lorsque j'ai de mes sens abandonné l'empire ! Quand sous un Joug honteux à peine le respire 1 Quand je me meurs !

OENONB.

Fuyez.

PHBDBE.

Je ne !e puis quitter»

OCNONE.

Vous l'osâtes bannir, vous n'osez l'éviter?

PHÈDRE

n n'est plus temps : il sait mes ardeurs insensées. De l'austère pudeur les bornes sont passées : J'ai déclaré ma honte aux yeux de mon vainqueur. Et l'espoir malgré moi s'est glissé dans mon cœur. Toi-même, rappelant ma force défaillante. Et mon âme déjà sur mes lèvres errante, Par tes conseils flatteurs tu m'as su ranimer t Tu m'as fait entrevoir que je pouvois l'aimer.

(KNONB.

Hélas! de vos malheurs innocente ou coupable. De quoi pour vous sauver n'étois-je point capable! Mais si Jamais l'ofTense irrita vos esprits, Pouvez-vous d'un superbe oublier les mépris! Avec quels yeuiî cruels sa rigueur obstinée Vous laissoit à ses pieds peu s'en faut prosternée I Que son farouche orgueil le rendoit odieux ! Que Phèdre en ce moment n'avoit-elle mes yeiixl

PHÈDRE

GEnone, il peut quitter cet orgueil qui te blesse; Nourri dans les forêts, il en a la rudesse. Hippolyte, endurci par de sauvages lois. Entend parler d'amour pour la première fois : Peut-être sa surprise a causé son silence; Et nos plaintes peut-être ont trop de violence.

GENONB.

Songez qu'une barbare en son sein l'a formé.

PHÈDRE

Quoique Scythe et barbare, elle a pourtant aima.

^80 PHÈDRE

OENONE

Il a peur tout le sexe une haine fatala

PHÈDRE

Jo ne me verrai point préférer de rivale.

Enfin, tons tes conseils ne sont plus de saison t

Sers ma fureur, Œlnone, et non point ma raison.

Il oppose à l'amour un cœur inaccessible ;

Cherchons pour l'attaquer quelque endroit plus sensible i

Les charmes d'un empire ont paru le toucher;

Athènes l'attiroit, il n'a pu s'en cacher ;

Déjà de ses vaisseaux la pointe étoit tournée,

Et la voile flottoit aux vents abandonnée.

Va trouver de ma part ce jeune ambitieux,

OEnone; fais briller la couronne à ses yeux :

Qu'il mette sur son front le sacré diadème ;

Je ne veux que l'honneur do l'attacher moi-même.

Cédons-lui ce pouvoir que je ne puis garder.

Il instruira mon flls dans l'art de commander ;

Peut-être il voudra bien lui tenir lieu de père :

Je mets sous son pouvoir et le fils et la mère.

Pour le fléchir enfin tente tous les moyens :

Tes discours trouveront plus d'accès que les miens

Presse, pleure, gémis ; peins-lui Phèdre mourante

Ne rougis point de prendre une voix suppliante :

Je t'avouerai do tout; je n'espère qu'en toi.

Va : j'attends ton retour pour disposer de moi.

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