ACTE III
Et déjà son exil par vous-même obtenu.
PHÈDRE
Moi , que j'ose opprimer et noircir l'innocence!
ŒNONE
Mon zèle n'a besoin que de votre silence. Tremblante comme vous, j'en sens quelques remords. Vous me verriez plus prompte affronter mille morts. Mais, puisque je vous perds sans ce triste remède. Votre vie est pour moi d'un prix à qui tout cède : Je parlerai. Thésée, aigri par mes avis. Bornera sa vengeance à l'exil de son fils : Un père, en punissant, madame, est toujours père; Un supplice léger suffit à sa colère.
Mais, le sang innocent dût-il être versé, Que ne demande point votre honneur menacé? C'est un trésor trop cher pour oser le commettre. Quelque loi qu'il vous dicte, il faut vous y soumettre, Madame ; et pour sauver votre honneur combattu , Il faut immoler tout, et môme la vertu. On vient; je vois Thésée.
PHÈDRE
Ah ! je vois Hippolyte; Dans ses yeux insolents je vois ma perte écrite. Fais ce que tu voudras, je m'abandonne à toi. Dans le trouble où je suis, je ne puis rien pour moi.