‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 356 sur 459 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

PHÈDRE, OEiXONE.

OENONE

n faut d'un Yîùn amour étouffer la pensée,

Madame ; rappelez votre vertu passée :

Le roi, qu'on a cru mort, va paroltre à vos yeux ;

Thésée est arrivé, Thésée est en ces lieux.

Le peuple pour le voir court et se précipite.

Je sortois par votre ordre, et cherchois Hippolyte,

Lorsque jusques au ciel mille cris élancés...

PHEDRE

Mon époux est vivant, CEnone ; c'est assez.

J'ai fait l'indigne aveu d'un amour qui l'outrage;

Il vit : Je ne veux pas en savoir davantage.

OENONE

Quoi?

PHEDRE

Je te l'ai prédit, mais tu n'as pas voulu : Sur mes justes remords tes pleurs ont prévalu. Je mourois ce matin digne d'être pleurée; J'ai suivîtes conseils, je meurs déshonorée.

OENONE

Vous mourez?

PHEDRE

Juste ciel ! qu'ai-je fait aujourd'hui I Mon époux va paroltre, et son fils avec lui ! Je verrai le témoin de ma flamme adultère Observer de quel front j'ose aborder son père. Le cœur gros de soupirs qu'il n'a point écoutés. L'œil humide de pleurs par l'ingrat rebutés !) Penses-tu que, sensible à l'honneur de Thésée, Il lui cache l'ardeur dont je suis embrasée ? Laissera-t-il trahir et son peuple et son roi? Pourra-t-il contenir l'horreur qu'il a pour moi? Il se tairoit en vain : je sais mes perfidies, QEnone, et ne suis point de ces femmes hardies Qui, goûtant dans le crime une tranquille paix. Ont su se faire un front qui ne rougit jamais. Je connois mes fureui-s, je les rappelle toutes : Il me semble déjà que ces murs, que ces voûte» Vont prendre la parole, et, prêts à m'accuser,

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Attendent mon époux pour le désabuser.

HouroQs : de tant d'horreurs qu'un trépas me délivra

Est-ce an malheur si grand que de cesser de vivre ' i

La mort aux malheureux ne cause point d'effroi j

le ne crains que le nom que Je laisse après mol.

Pour mes tristes enfants quel affreux héritage !

Le sang de Jupiter doit enfler leur courage ;

Mais, quelque juste orgueil qu'inspire un sang si beau,

Le crime d'une mère est un pesant fardeau.

Je tremble qu'un discours, hélas! trop véritable,

Un jour ne leur reproche une mère coupable.

Je tremble qu'opprimés de ce poids odieux

L'an ni l'autre jamais n'osent lever les yeux.

CENONE.

Il n'en faut point douter, je les plaiiijs l'un et l'autrej Jamais crainte ne fui plus juste que la vôtre. Hais à de tels affronts pourquoi les exposer? Pourquoi contre vous-même allez-vous déposer? C'en est fait : on dira que Phèdre , trop coupable. De son époux trahi fuit l'aspect redoutable. Hippolyte est heureux qu'aux dépens de vos Jour» Vous-même en expirant appuyez ses discours. A votre accusateur que pourrai-je répondre? Je serai devant lui trop facile à confondre : De Bon triomphe affreux Je le verrai Jouir, Et conter »otre honte & qui voudra l'ouïr. Ahï que plutôt du ciel la flamme me dé.vor« ! Mais, ne me trompez point, vous est-il cher eû&»iet De quel œilvoyei-vous ce prince audacieux?

PHÈDRE

Je le vois comme un monstre effroyable à mes yeax.

OENONB.

Pourquoi donc lui céder une victoire entière? Vous le craignez : osez l'accuser la première Du crime dont il peut vous charger aujourd'hui. Qui vous démentira ? Tout parle contre lui : Son épée en vos mains heureusement laissée, Votre trouble présent, votre douleur passée. Son père par vos cris dès longtemps prévenu,

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