‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 364 sur 459 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

HIPPOLTTB.

D'un mensonge si noir justement irrité,

le devrois faire ici pjirler la vérité ,

Seigneur; mais je supprime un secret qui voas toache.

Approuvez le respect qui me ferme la bouche ,

Et, sans vouloir vous-même augmenter vos ennuis.

Examinez ma vie, et songez qui je suis.

Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes;

'Quiconque a pu franchir les bornes légitimes

Peut violer enfin les droits les plus sacrés :

\insi que la vertu, le crime a ses degrés;

F.t jamais on n'a vu la timide innocence

Passer subitement à l'extrême licence.

La jour seul ne fait point d'un mortel vertueux

Cn perfide assassin , un lâche incestueux.

Élevé dans le sein d'une chaste héroïne.

Je n'ai point de son sang démenti l'origine.

l'itthée, estimé sage entre tous les humains,

Baigna m'instruire encore au sortir de ses mains.

Je ne veux point me peindre avec trop d'avantage;

Mais si quelque vertu m'est tombée en partage.

Seigneur, je crois surtout avoir fait éclater

La haine des forfaits qu'on ose m'imputer.

C'est par là qu'Hippolyte est connu dans la Grèce.

J'ai poussé la vertu jusque» à la rudesse :

On sait de mes chagrins l'inflexible rigueur.

Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur.

Et l'on veut qu'Hippolyte, épris d'un feu profane...

THÉSÉE

Oui, c est ce même orgueil, lâche ! qui te condamne. Je vois de tes froideurs le ])rincipe odieux : Phèdre seule charmoit tes impudiques yeux ; Et pour tout autre objet ton âme indifférente Dédaignoit de brûler d'une âamme innocente.

HIPPOLYTE

Non, mon père, ce cœur, c'est trop vous le celer.

N'a point d'un chaste amour dédaigné de brûler.

Je confesse à vos pieds ma véritable offense :

J'aime, j'aime, il est vrai, malgré votre défense.

Aricie à ses lois tient mes vœux asservis ;

La fille de Pallante a vaincu votre fils:

Je l'adore ; et mon âme, à vos ordres rebelle.

596 PHÈDRE

Ne peut ni soupirer, ni brûler que pour elle.

THÉSÉE

Tu l'aimes? ciel ! Mais non, l'artifice est grossier: Tu te feins criminel pour te justifier.

IIIPPOLYTE.

Seigneur, depuis six mois je l'évite et je l'aime ; Je venois , en tremblant , vous le dire à vous-môme. Ué quoi ! de votre erreur rien ne vous peut tirer l Par quel afTreux serment faut-il vous rassurer? Que la terre, le ciel, que toute la nature...

THÉSÉE

Toujours les scélérats ont recours au parjure. Cesse, cesse, et m'épargne un importun discours, Si ta fausse vertu n'a point d'autre secours.

HIPPOLYTE

Elle vous parolt fausse et pleine d'artifice :

Phèdre au fond de son cœur me rend plus de justice.

THÉSÉE

Ah ! que ton impudence excite mon courroux !

HIPPOLYTE

Quel temps à mon exil, quel heu prescrivez-vous î

THÉSÉE

Fusses-tu par delà les colonnes d'Alcide , Je me croirois encor trop voisin d'un perfide.

HIPPOLYTE

Chargé du crime affreux dont vous me soupçonnez , Quels amis me plaindront, quand vous m'abandonnei!

THÉSÉE

Va chercher des amis dont l'estime funeste Honore l'adultère , applaudisse à l'inceste ; Des traîtres, des ingrats sans honneur et sans loi, Dignes de protéger un méchant tel que toi.

HIPPOLYTE

Vous me parlez toujours d'inceste et d'adultère : Je me tais. Cependant Phèdre sort d'une mère, Phèdre est d'un sang, seigneur, vous le savez trop bien, De tout'es ces horreurs plus rempli que le mien.

THÉSÉE

Quoi ! ta rage à mes yeux perd toute retenue? Pour la dernière fois, ôte-toi de ma vue; Sors , traître : n'attends pas qu'un père furieux Te fasse avec opprobre arracher de ces lieux.

A.CTE IV. son

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