‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 363 sur 459 · THÉSÉE, HIPPOLYTE · texte numérisé non relu

THÉSÉE, HIPPOLYTE

THÉSÉE

Ah ! le voici. Grands dieux ! à ce noble maintiea

Quel œil ne seroit pas trompé comme le mien T •

Faut-il que sur le front d'un profane adultère

Brille de la vertu le sacré caractère !

Et ne devroit-on pas à des signes certains

Reconnoltre le cœur des perfides humains !

HIPPOLYTE

Puis-]e vous demander quel funeste nuage, Seigneur, a pu troubler votre auguste visage? N'osez-vous confier ce secret à ma foi?

THÉSÉE

Perfide ! oses-tu bien te montrer devant moi î Monstre, qu'a trop longtemps épargné le tonnerre, Reste impur des brigands dont j'ai purgé la terre.

594 PHÈDRE

Apr^R que le transport d'un amour plein d'horreux Jusqu'au lit de ton père a porté ta fureur. Tu m'oses présenter une tôte ennemie ! Tu parois dans oes lieux pleins do ton infamie. Et ne vas pas cherclier, sous un ciel inconnu, Des pays où mon nom ne soit point parvenu ! Fuis, traître! Ne viens point braver ici ma haine, Et tenter un courroux que je retiens à peine : C'est bien assez pour moi de l'opprobre éternel D'avoir pu mettre au jour un fils si criminel , Sans que ta mort encor, honteuse à ma mémoire, De mes nobles travaux vienne souiller la gloire , Fuis : et, si tu ne veux qu'un châtiment soudain T'ajoute aux scélérats qu'a punis cette main , Prends garde que janiais l'astre qui nous éclaire Ne te voie en ces lieux mettre un pied téméraire. Fuis, dis-je; et sans retour précipitant tes pas, De ton horrible aspect purge tous mes États. Et toi, Neptune, et toi, si jadis mon courage D'infâmes assassins nettoya ton rivage.

Souviens-toi que , pour prix de mes efforts heureux Tu promis d'exaucer le premier de mes vœux. Dans les longues rigueurs d'une prison cruelle Je n'ai point imploré ta puissance immortelle; Avare du secours que j'attends de tes soins. Mes vœux t'ont réservé pour de plus grands besoins t Je t'implore aujourd'hui. Venge un malheureux père; J'abandonne ce traître à toute ta colère ; Étouffe dans son sang ses désirs effrontés : Thésée à tes fureurs connoîtra tes bontés.

HIPPOLYTE

D'un amour criminel Phèdre accuse Hippolyte! Un tel excès d'horreur rend mon ame interdite ; Tant de coups imprévus m'accablent à la fois. Qu'ils m'ôtent la parole et m'étoufifent la voix.

THÉSÉE

Traître , tu prétendois qu'en un lâche silence Phèdre enseveliroit ta brutale insolence : Il falloit, en fuyant, ne pas abandonner, Le fer qui dans ses mains aide à te condamner { Ou plutôt il falloit, comblant ta perfidie. Lui ravir tout d'un coup la parole et la vie.

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