‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 366 sur 459 · THÉSÉE, PHÈDRE · texte numérisé non relu

THÉSÉE, PHÈDRE

PHÈDRE

Seigneur, je viens à vous, pleine d'un juste effroi ; Votre voix redoutable a passé jusqu'à moi : Je crains qu'un prompt effet n'ait suivi la menace. S'il en est temps encore, épargnez votre race. Respectez votre sang ; j'ose vous en prier : Sauvez-moi de l'horreur de l'entendre crier ; Ne me préparez point la douleur éternelle De l'avoir fait répandre à la main paternelle.

TUÉSÉE.

Non , madame , en mon sang ma main n'a point trempé ; Mais l'ingrat toutefois ne m'est point échappé : Une immortelle main de sa perte est chargée , Neptune me la doit; «t vous serez vengée.

PHÈDRB.

Neptune vous la doit! Quoi! vos vœux irrités...

THÉSÉB.

Quoi ! craignez-vous déjà qu'ils ne soient écoutésl Joignez-vous tien plutôt à mes vœux légitimes : Dans toute leur noirceur retracez-moi ses crimes ; Échauffez mes transports trop lents, trop retenus. Tous ses crimes encor ne vous sont point connus ; Sa fureur contre vous se répand en injures; Votre bouche, dit-il, est pleine d'impostures; Il soutient au'Aricie a son cœur, a sa foi ,

598 PIIÈDRB.

Qu'il Taime.

PHÈDRB.

Quoi, seigneur!

THÉS ÉE

Il Ta dit devant mol t Mais je sais rejeter un frivole artifice. Espérons de Neptune une prompte justice : Je vais moi-même encore au pied de ses autels Le presser d'accomplir ses serments immortels.

Il sort. Quelle nouvelle a frappé mon oreille ! Quel feu mal étouffé dans mon cœur se réveille ! Quel coup de foudre, ô ciel ! et quel funeste avis! Je volois tout entière au secours de son fils ; Et, m'arrachant des bras d'OEnoue épouvantée. Je cédois au remords dont j'étois tourmentée. Qui sait même où m'alloit porter ce repentir? Peut-être à m'accuser j'aurois pu consentir; Peut-être, si la voix ne m'eût été coupée, L'affreuse vérité me seroit échappée.

Hippolyte est sensible, et ne sent rien pour moi! Aricie a son cœur! Aricie a sa foi !

.\h, dieux! Lorsqu'à mes vœux l'ingrat inexorable S'armoit d'un œil si fier, d'un front si redoutable. Je pensois qu'à l'amour son cœur toujours fermé Fût contre tout mon sexe également armé : Une autre cependant a fléchi son audace; Devant ses yeux cruels une autre a trouvé grâce. Peut-être a-t-il un cœur facile à s'attendrir : Je suis le seul objet qu'il ne sauroit souffrir. Et je me chargeroi? du soin de le défendre !

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