‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 376 sur 459 · GARDES · texte numérisé non relu

GARDES

THÉSÉE

Hé bien! vous triomphez, et mon fils est sans vie! Ah! que j'ai lieu de craindre; et qu'un cruel soupçoi L'excusant dans mon cœur, m'alarme avec raison ! Mais, madame, il est mort, prenez votre victime; Jouissez de sa perte, injuste ou légitime : Je consens que mes yeux soient toujours abusés. Je le crois criminel , puisque vous l'accusez. Son trépas à mes pleurs offre assez de matières Sans que j'aille chercher d'odieuses lumières. Qui, ne pouvant le rendre à ma juste douleur, Peut-être ne feroient qu'accroître mon malheur. LMSsez-moi, loin de vous, et loin de ce rivage. De mon fils déchiré fuir la sanglante image. Confus, persécuté d'un mortel souvenir.

De l'univers entier je voudrois me bannir. Tout semble s'élever contre mon injustice; L'éclat de mon nom même augmente mon supplice t :Moîn3 connu des mortels, je me cacheroi» mieux.

ACTB V. CH

Jt hais jusques aux soins dont m'honorent les dieux; Et je m'en vais pleurer leurs faveurs meurtrières, Sans plus les fatiguer d'inutiles prières. Quoi qu'ils fissent pour moi, leur funeste bonté Ne me sauroit payer de ce qu'ils m'ont ôté.

PHBDRB.

Non, Thésée, il faut rompre un injuste silence; Il faut à votre fils rendre son innocence : Il n'étoit point coupable *^

THÉSÉE

Ail ; pci^i înfortonél Et c'est sar votre foi que je l'ai condamné ! Cruelle ! pensez-vous être assez excusée...

PHÈDRE

Les mome;its me sont chers; écoutez-moi, Tliésée : C'est moi qui sur ce fils chaste et respectueux Osai jeter un œil profane , incestueux.

Le ciel mit dans mon sein une flamme funeste : La détestable OEnone a conduit tout le reste. Elle a craint qu'Ilippolyte, instruit de ma fureur. Ne découvrît un feu qui lui faisoit horreur : La perfide , abusant de ma foiblesse extrême , S'est hâtée à vos yeux de l'accuser lui-même. Elle s'en est punie, et, fuyant mon courroux, A cherché dans les flots un supplice trop doux. Le fer auroit déjà tranché ma destinée; Mais je laissois gémir la vertu soupçonnée : J'ai .voulu , devant vous exposant mes remords , Par un chemin plus lent descendre chez les morts. J'ai pris, j'ai fait couler dans mes brûlantes veines Un poison que Médée apporta dans Athènes. Déjà jusqu'à mon cœur le venin parvenu Dans ce cœur expirant jette un froid inconnu; Déjà je ne vois plus qu'à travers un nuage Et le ciel et l'époux que ma présence outrage; fit la mort, à mes yeux dérobant la clarté. Rend au jour qu'ils souilloient toute sa pureté.

PANOPE

Elle expire , seigneur !

1. Racine t'était propoié d'inspirer plus de pitié pour Phèdre coapable que pour Hi^polyte innocent, et, par on prodige de son ait, îi Y est parvenu. ( Lahabpb.)

«la PHËDRB.

TIIBSÉE.

D'une action si noire Que ne peut avec elle expirer la mémoire ! allons, de mon erreur, hélas! trop éclaircis, Mêler nos pleurs au sang de mon malheureux fils 2 \lIons de ce cher fils embrasser ce qui reste , Expier la fureur d'un vœu que je déteste : Rendons-lui les honneurs qu'il a trop mérités; Kt, pour mieux apaiser ses mânes irrités. Que, malgré les complots d'une injuste famille Soû amante aujourd'hui me tienne lieu de fiiiet

»1N <DB PBIpa»

ESTHER

TRAGÉDIE

TIRÉE DE l'Écriture sainte

PRÉFACE

La célèbrs maison de Saint-Cyr ayant été principalement établie pour élever dans la piété un fort grand nombre de Jeunes demoiselles rassemblées de tous les endroits du royaume , on n'y a rien oublié de tout ce qui ponvoit contribuer & les rendre capables de servir Dieu dans Les difîérents états où il lui plaira de les appeler. Mais en leur montrant les choses essentielles et nécessaires, on ne néglige pas de leur apprendre celles qui peuvent servir à leur polir l'esprit, et à leur former le jugement. On a imaginé pour cela plusieurs moyens, qui, sans le» détourner de leur travail et de leurs exercices ordinaires, les instruisent en les divertissant; ou leur met, pour ainsi dire, à profit leurs heures de récréation : on leur fait faire entre elles, sur leurs principaux devoirs, des conversations ingénieuses qu'on leur a composées exprès, ou qu'elles-mêmes composent sur-lechamp; on les fait parler sur les histoires qu'on leur a lues, ou sur les importantes vérités qu'on leur a enseignées; on leur fait réciter par cœur et déclamer les plus beaux enliioits des meili'^urs poètes : et cela leur sert surtout à les d'ifaire de q»2anlilé de mauvaises prononciations qu'elles pourroient avoir apportées de leurs provinces; on a soin aussi de (aire apprendre à chanter à celles qui ont de la voix, ei on ne leur laisse pas perdre un talent qui les peut

810 PRÉPACB.

amuser innocemment, et qu'elles peuvent employer un jour à chanter les louanges de Dieu.

Mais la plupart des plus excellents vers de notre langue ayant été composés sur des matières fort profanes, et nos plus beaux airs étant sur des paroles extrêmement molles et efféminées, capables de faire des impressions dangereuses sur de jeunes esprits, les personnes illustres qui ont bien voulu prendre la principale direction de cette maison ont souhaité qu'il y eût quelque ouvrage qui, sans avoir tous ces défauts, pût produire une partie de ces bons effets. Elles me firent l'honneur de me communiquer leur dessein, et même do me demander si je ne pourrois pas faire sur quelque sujet de piété et de morale une espèce do poëme où le chant fût mêlé avec le récit, le tout lié par une action qui rendît la chose plus vive et moins capable d'ennuyer.

Je leur proposai le sujet d'EsUier, qui les frappa d'abord, cette histoire leur paroissant pleine de grandes leçons d'amour de Dieu, et de détachement du monde au milieu du monde môme. Et je crus de mon côté que je trouverois assez de facilité à traiter ce sujet : d'autant plus qu'il me sembla que, sans altérer aucune des circonstances tant soit peu considérables de l'Écriture sainte, ce qui seroit, à mon avis, une espèce de sacrilège, je pourrois remplir toute mon action avec les seules scènes que Dieu lui-même, pour ainsi dire, a préparées.

J'entrepris donc la chose : et je m'aperçus qu'en travaillant sur le plan qu'on m'avoit donné, j'exécutois en quelque sorte un dessein qui m'avoit souvent passé dans l'esprit, qui étoit de lier, comme dans les anciennes tragédies grecques, lo chœur et le chant avec l'action, et d'employer & chanter les louanges du vrai Dieu cette partie du chœur que les païens employoicnt i chanter les louanges de leurs fausses divinités.

A dire vrai, je no pensois guère que la chose dût être aussi publique qu'elle l'a été. Mais les grandes vérités de l'Écriture, et la manière sublime dont elles y sont énon-

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cées, pour peu qu'on les présente, m^me imparlaîtement aux yeux des hommes, sont si propres à les frapper; et d'ailleurs ces jeunes demoiselles ont déclamé ec chanté cet ouvrage avec tant de grâce, tant de modestie et tant de piété, qu'il n'a pas été possible qu'il demeurât renfermé dans le secret de leur maison : de sorte qu'un divertissement d'enfants est devenu le sujet de l'empressement és toute la cour, le roi lui-même, qui en avoit été touché, n'ayant pu refuser à tout ce qu'il y a de plus grands seigneurs de les y mener, et ayant eu la satisfaction de voir, par le plaisir qu'ils y ont pris, qu'on se peut aussi bien divertir aux choses de piété, qu'à tous les spectacles profan es. Au reste, quoique j'aie évité soigneusement de mêler le profane avec le sacré, j'ai cru néanmoins que je pouvois emprunter deux ou trois traits d'Hérodote, pour mieux peindre Assuérus : car j'ai suivi le sentiment de plusieurs savants interprètes de l'Écriture, qui tiennent que ce roi «st le même que le fameux Darius, fils d'Hystaspe, dont parle cet historien. En effet, ils en rapportent quantité de preuves, dont quelques-unes me paroissent des démonstrations. Mais je n'ai pas jugé à propos de croire ce même Hérodote sur sa parole, lorsqu'il dit que les Perses n'élevoient ni tem . pies, ni autels, ni statues à leurs dieux, et qu'ils ne se servoient point de libations dans leurs sacrifices. Son témoignage est expressément détruit par l'Écriture, aussi bien que par Xénophon , beaucoup mieux instruit que lui des mœurs et des affaires de la Perse, et enfin par Quinte-Curce. On peut dire que l'unité de lieu est observée dans cette pièce, en ce que toute l'action se passe dans le valais d'Assuérus. Cependant, comme on vouloit rendre ce divertissement plus agréable à des enfants, en jetant quelque variété dans les décorations, cela a été cause que je n'ai pas gardé cette unité avec la même rigueur que j'ai fait autrefois dans mes tragédies.

Je crois qu'il est bon d'avertir ici que bien qu'il y ait Jans Eslher des personnages d'hommes , ces personnages

«18 prspacb.

n'ont pas laissé l'être représentés par des filles avec toute la bienséance de leur sexe. La chose leur a été d'autant plus aisée , qu'anciennement les habits des Persans et des Juifs étoient de longues robes qui tomboient jusqu'à terre.

Je ne puis me résoudre à finir cette préface sans rendre à celui qui a fait la musique la justice qui lui est due, et sans confesser franchement que ses chants ont fait un des plus grands agréments de la pièce*. Tous les connoisseurs demeurent d'accord que depuis longtemps on n'a point entendu d'airs plus touchants ni plus convenables aux paroles. Quelques personnes ont trouvé la musique du dernier choeur un peu longue, quoique très-belle. Mais qu'auroit-on dit de ces jeunes Israélites qui avoient tant fait de vœux à Dieu pour être délivrées de l'horrible péril où elles étoient, si, ce péril étant passé, elles lui en avoient rendu de médiocres actions de grâces? Elles auroient directement péché contre la louable coutume de leur nation , où l'on ne recevoit de Dieu aucun bienfait signalé, qu'on ne l'en remerciât surle-champ par de fort longs cantiques : témoin ceux de Marie, sœur de Moïse, de Débora et de Judith, et tant d'autres dont l'Écriture est pleine. On dit même que les Juifs, encore aujourd'hui , célèbrent par de grandes actions de grâces le jour où leurs ancêtres furent délivré» par Esther de i cruauté d'Aman.

l. Ce mosicieii s'appelait Moraau-

ESTHER

PERSONNAGES

ASSUÉRUS, roi de Perse.

BSTHBR, reine de Perse.

MARDOCHÉE, oncle d'Bsther.

AMAN, favori d'Assuéms.

ZARÈS, femme d'Aman.

HYDASPB, officier da palais intérlenr d'Assafra.

ASAPH, autre officier d'Assuéro;.

ÉLISE, confidente d'Esther.

THAMAR, Israélite de la snite d'Esther.

Oardbs dd roi AssoiRUS.

CHSUR DB JBUNKa FILLBS ISRAÉLITIS.

La seine est à Stise, dans le palais d'Assuerus. LA PlâTB fait le Prologue.

I. Dans le privilège accordé aux dames de Saint-Cyr pour faire Imprimer Esiher, cette pièce ne porte pas le titre de tragédie , mais teulement d'ouvrage de poésie tiré de l'Ecriture sainte, propre à être fteité tt à être chanté

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