PROLOGUE
Le perfide intérêt, l'aveugle jalousie.
S'unissent contre toi pour l'affreuse hérésie; La discorde en fureur frémit de toutes parts; Tout semble abandonner tes sacrés étendards: Et l'enfer, couvrant tout de ses vapeurs funèbres, Sur les yeux les plus saints a jeté ses ténèbres. Lui seul, invariable et fondé sur la foi. Ne cherche, ne regarde, et n'écoute que toi, Et, bravant du démon l'impuissant artifice. De la religion soutient tout l'édifice.
Grand Dieu, juge ta cause, et déploie aujourd'hui Ce bras , ce même bras qui combattoit pour lui , Lorsque des nations à sa porte animées Le Rhin vit tant de fois disperser les années. Des mêmes ennemis je reconaois l'orgueil; Ils viennent se briser contre le même écueil: Déjà, rompant partout leurs plus fermes barrières. Du débris de leurs forts il couvre ses frontières. Tu lui donnes un fils prompt à le seconder, Qui sait combattre, plaire, obéir, commander; Un fils qui, comme lui, suivi de la victoire, Semble à gagner son cœur borner toute sa gloire; Un fils à tous ses vœux avec amour soumis. L'éternel désespoir de tous ses ennemis. Pareil à ces esprits que ta justice envoie , Quand son roi lui dit : Pars, il s'élance avec joie; Du tonnerre vengeur s'en va tout embraser. Et, tranquille, à ses pieds revient le déposer'.
Mais, tandis qu'un grand roi venge ainsi mes injures. Vous qui goûtez ici des délices si pures. S'il permet à son cœur un moment de repos , A vos jeux innocents appelez ce héros ; Retracez-lui d'Esther l'histoire glorieuse. Et sur l'impiété la foi victorieuse.
Et vous, qui vous plaisez aux folles passions Qu'allument dans vos cœurs les vaines fictions, Profane» amateurs de spectacles frivoles , Dont l'oreille s'ennuie au son de mes paroles, Fuyez de mes plaisirs la sainte austérité : Tout respire ici Dieu, la paix , la vérité.
1. Allusion & la campagne de 1088, dans laquelle le grand dauphin prit Pbilipebourg, Heidelberg, Maohelm, et conquit le Palatinat (Q.)
ESTHER
trag£die