‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 421 sur 459 · JOAD, JOSABETH · texte numérisé non relu

JOAD, JOSABETH

JOAD

Les temps sont accomplis, princesse : il faut parler, Et votre heureux larcin ne se peut plus celer. Des ennemis de Dieu la coupable insolence. Abusant contre lui de ce profond silence.

^82 ATHALIB.

AcLOse trop longtemps ses promesses d'erreur. Que dis-je? Le succès animant leur fureur. Jusque sur notre autel votre injuste marâtre Veut offrir à Baal un encens idolâtre.

Montrons ce jeune roi que vos mains ont sauvé. Sous l'aile du Seigneur dans le temple élevé. De nos princes liébreux il aura le counige, Et déjà son esprit a devancé son âge. Avant que son destin s'explique par ma voix , Je vais l'offrir au Dieu par qui régnent les roi» : Aussitôt assemblant nos lévites, nos prêtres, Je leur déclarerai l'héritier de leurs maîtres.

JOSABETH

Sait-il déjà son nom et son noble destint

JOAD

Il ne répond encor qu'au nom d'Éliacin ,

Et se croit quelque enfant rejeté par sa mère,

A qui j'ai par pitié daigné servir de père.

JOSABETH

Hélas! de quel péril je l'avois su tirer! Dans quel péril encore il est prêt de rentrer!

JOAD

Quoi ! déjà votre foi s'affoiblit et s'étonne?

JOSABBTH.

A vos sages conseils, seigneur, je m^banâoime. Du jour que j'arrachai cet enfant à la mort, Je remis eu vos mains tout le soin de son soit; Môme, de mon amour craignant la violence. Autant que je le puis j'évite sa présence , De peur qu'en le voyant quelque trouble indiscret Ne fasse avec mes pleurs échapper mon secret. Surtout j'ai cru devoir aux larmes, aux prières, Consacrer ces trois jours et ces trois nuits entière». Cependant aujourd'hui puis-je vous demander Quels amis vous avez prêts à vous seconder? Abner, le brave Abner viendra-t-il nous défendre? A-t-il près de sou roi fait serment de se rendre?

JOAD

Abner, quoiqu'on se pût assurer sur sa foi. Ne sait pas mèote ôncor si nous avons un roi.

fOSABETM.

Mais à qui de Joas confiez-vous la garde T

ACTB PRBMIBR. 6g3

Est-ce Obed, est-ce Amnon que cet honneur regarde! De mon père sur eux les bienfaits répandus...

JOAD

A l'injoste Athalie ils se sont tous vendus.

JOSABETH

Qui donc opposez-vous contre ses satellites?

JOAD

Ne vous l'ai-je pas dit? Nos prôtres, nos lévites.

JOSABETR.

Je sait que, près de vous en secret assemblé,

Par vos soins prévoyants leur nombre est redoublé;

Que, pleins d'amour pour vous, d'horreur pour Athali»,

Un serment solennel par avance les ne

k ce fils de David qu'on leur doit révéler.

Mais, quelque noble ardeur dont ils puissent brûler,

Peuvent-ils de leur roi venger seuls la querelle 1

Pour un si grand ouvrage est-ce assez de leur zèle!

Doutez-vous qu'Atbalie, au premier bruit semé

Qu'un fils d'Ochozias est ici renfermé.

De ses fiers étrangers assemblant les cohortes.

N'environne le temple, et n'en brise les portes!

Suffira-t-il contre eux de vos ministres saints ,

Qui, levant au Seigneur leurs innocentes mains.

Ne savent que gémir et prier pour nos crimes.

Et n'ont Jamais versé que le sang des victimes?

Peut-être dans leurs bras Joas percé de coups...

JOAD

Et comptez-vous pour rien Dieu , qui combat pour noua ?

Dieu , qui de l'orphelin protège l'innocence ,

Et fait dans la foiblesse éclater sa puissance;

Dieu, qui hait les tyrans, et qui dans Jezraël

Jura d'exterminer Achab et Jézabel ;

Dieu, qui, frappant Joram, le mari de leur fiU«,

A jusque sur son fils poursuivi la famille;

Dieu , dont le bras vengeur, pour un temps su^m

Sur cette race impie est toujours étendu?

JOSABETH

Et c'est sur tous ces rois sa justice sévère

Que Je crainz pour le fils de mon malheureux Mre.

Qui sait si cet enfant, par leur crime entraîné.

Avec eux en naissant ne fut pas condamné T

Si Dieu, le séparant d'une odieuse raca.

»M ATHALIB.

En faveur de David voudra lui faire grftceî

Hélas! l'état horrible où le ciel me l'offrit Revient à tout moment effrayer mon esprit. De princes égorgés la chambre étoit remplie; Un poignard à la main, l'implacable Athalie An carnage animoit ses barbares soldats, Et poursuivoit le cours de ses assassinats. J0&3, laissé pour mort, frappa soudain ma vue. Je me figure encor sa nourrice éperdue, Qui devant les bourreaux s'étoit jetée en vain Et, foible, le tenoit renversé sur son sein. Je le pris tout sanglant. En baignant son visage Mes pleurs du sentiment lui rendirent l'usage; Et, soit frayeur encore, ou pour me caresser. De ses bras innocents je me sentis presser. Grand Dieu! que mon amour ne lui soit point funeste! Du fidèle David c'est le précieux reste ; Nourri dans ta maison, en l'amour de ta loi, n ne connoit encor d'autre père que toi. Sur le point d'attaquer une reine homicide, A l'aspect du péril si ma foi s'intimide , Si la chair et le sang, se troublant aujourd'hui, Dnt trop de part aux pleurs que je répands pour lui, Conserve l'héritier de tes saintes promesses , Et ne punis que moi de toutes mes foiblesses I

JOAD

Vos larmes, JosaDem, n'Ont rien de criminel;

Mais Dieu veut qu'on espère en son soin paterneU

n ne recherche point, aveugle en sa colère,

Sur le fils qui le craint l'impiété du père.

Tout ce qui reste encor de fidèles Hébreux

Lui viendroit aujourd'hui renouveler leurs vœux :

.\iitant que de David la race est respectée ,

autant de Jézabel la fille est détestée.

Joas les touchera par sa noble pudeur.

Où semble de son sang reluire la splendeur

Et Dieu , par sa voix raCme appuyant notre exemple,

De plus près à leur cœur parlera dans son temple.

Deux infidèles rois tour à tour l'ont bravé :

Il faut que sur le trône un roi soit élevé ,

Qui se souvienne un jour qu'au rang de ces ancêtres

Dieu l'a fait remonter par la main de ses prêtre».

ACTB PREMIBK. 685

L'a tiré par lear main de l'oubli du tombeaa « Et de David éteint rallumé le flambeau.

Grand Dieu ! si tu prévois qu'indigne de sa race, n doive de David abandonner la trace, Qu'il soit comme le fruit en naissant arraché. Ou qu'un souffle ennemi dans sa fleur a séché I Mais, si ce même enfant, k tes ordres docile. Doit être à tes desseins un instrument utile , Fais qu'au Juste héritier le sceptre soit remis; Livre à mes foibles mains ses puissants ennemist Confonds dans ses conseils une reine cruelle : Daigne, daigne, mon Dieu, sur Mathan et sur elle Répandre cet esprit d'imprudence et d'erreur. De la chute des rois funeste avant-coureur I

L'heure me presse : adieu! Des plus saintes familles Votre fils et sa sœur vous amènent les filles.

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