‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 420 sur 459 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Et que de Jézabel la fille sanguinaire

Ne vienne attaquer Dieu jusqu'en son sanctuaire.

JOAD

Celui qui met un frein à la fureur des flots Sait aussi des méchants arrêter les complots. Soumis avec respect à sa volonté sainte, e crains Dieu, cher Àbner, et n'ai point d'autre crainte Cependant je rends grâce au zèle officieux Qui sur tous mes périls vous fait ouvrir les yeux. Je vois que l'injustice en secret vous irrite, Que vous avez encor le cœur Israélite.

Le ciel en soit béni! Mais ce secret courroux. Cette oisive vertu , vous en contentez-vous? La foi qui n'agit point, est-ce une foi sincère? Huit ans déjà passés, une impie étrangère Du sceptre de David usurpe tous les droits. Se baigne impunément dans le sang de nos rois, Des enfants de son fils détestable homicide. Et même contre Dieu lève son bras perfide ; Et vous, l'un des soutiens de ce tremblant État, Vous, nourri dans les camps du saint roi Josapbat, Qui sous son fils Joram commandiez nos années, Qui rassurâtes seul nos villes alarmées. Lorsque d'Ochozias le trépas imprévu Dispersa tout son camp à l'aspect de Jéhu : « Je crains Dieu, dites-vous; sa vérité me tombe! • Voici comme ce Dieu vous répond par ma boucfaet « Du zèle de ma loi que sert de vous parer? « Par de stériles vœux pensez-vous m'honorer? « Quel fruit me revient-il de tous vos sacrifices? « Ai-je besoin du sang des boucs et des génisses? « Le sang de vos rois crie, et n'est point écouté. « Rompez, rompez tout pacte avec l'impiété; « Du milieu de mon peuple exterminez les crimes, ■ El vous viendrez alors mlmmoler vos victimes. «

ABMEK.

Hé ! que puis-je au milieu de ce peuple abattu? Benjamin est sans force , et Juda sans vertu : Le jour qui de leurs rois vit éteindre la race Éteignit tout le feu de leur antique audace. Dieu même , disent-ils , s'est retiré de nous ; De l'honneur des Uébreux autrefois ai Jaloux,

680 A.THALIB.

Il voit sans intérêt leur grandeur terrassée,

Et sa miséricorde à la fin s'est lassée :

On ne voit plus pour nous ses redoutables mains

De merveilles sans nombre effrayer les humains;

L'arche sainte est muette, et ne rend plus d'oracles.

JOAD

Et quel temps fut jamais si fertile en miracles?

Quand Dieu par plus d'effets montra-t-il son pouvoir?

Auras-tu donc toujours des yeux pour ne point voir,

Peuple ingrat? Quoi ! toujours les plus grandes merveille»

Sans ébranler ton cœur frapperont tes oreilles?

Faut-il , Abner, faut-il vous rappeler le cours

Des prodiges fameux accomplis en nos jours?

Des tyrans d'Israël les célèbres disgrâces,

Et Dieu trouvé fidèle en toutes ses menaces ;

L'impie Achab détruit , et de son sang trempé

Le champ que par le meurtre il avait usurpé ;

Près de ce champ fatal Jézabel immolée ,

Sous les pieds des chevaux cette reine foulée ,

Dans son sang inhumain les chiens désaltérés ,

Et de son corps hideux les membres déchirés ;

Des prophètes menteurs la troupe confondue,

Et la flamme du ciel sur l'autel descendue;

Élie aux éléments parlant en souverain.

Les deux par lui fermés et devenus d'airain,

Et la terre trois ans sans pluie et sans rosée ,

Les morts se ranimant à la voix d'Elisée?

Reconnoissez , Abner, à ces traits éclatants,

Dn Dieu tel aujourd'hui qu'il fut dans tous les tempi:

Il sait, quand il lui plaît, faire éclater sa gloire.

Et son peuple est toujours présent à sa mémoire.

ABNER

Mais où sont ces honneurs à David tant promis , Et prédits même encore à Salomon son fils? Hélas! nous espérions que de leur race heureuse Devoit sortir de rois une suite nombreuse. Que sur toute tribu, sur toute nation.

L'un d'eux établiroit sa domination , Feroit cesser partout la discorde et la guerre, Et verroit à ses pieds tous les rois de la terre.

JOAD

Aux promesses du ciel pourquoi renoncez-vous?

àCTB PRBMIB&. 681

Ce roi fils de David'^ où le ciierchcrons-nous!

Le ciel môme peut-il réparer les ruines

Df cet arbre séché jusque dans ses racines!

A: balle étouffa l'enfant même au berceau.

Les morts, après huit ans, sortent-ils du tombeaaf

Ahl si dans sa fureur elle s'étoit trompée;

Si du sang de nos rois quelque goutte échappée...

JOAD

Hé bien ! que feriez-vous ?

ABNEH.

0 jour heureux pour moi!

De quelle ardeur j'irois reconnoître mon roi ! Doutez-vous qu'à ses pieds nos tribus empressées... Mais pourquoi me flatter de ces vaines pensées? Déplorable héritier de ces rois triomphants , Ochozias restoit seul avec ses enfants ; Par les traits de Jéhu je vis percer le père; Vous avez vu les fils massacrés par la mère.

JOAD

Je ne m'explique point; mais, quand l'astre du jour Aura sur l'horizon fait le tiers de son tour, Lorsque la troisième heure aux prières rappelle Retrouvez-vous au temple, avec ce môme zèle. Dieu pourra vous montrer, par d'importants bienfaits^ Que sa parole est stable, et ne trompe jamais. Allez : pour ce grand jour il faut que je m'apprête. Et du temple déjà l'aube blanchit le faîte.

ABNER

Quel sera ce bienfait que je ne comprends pasî L'illustre Josabeth porte vers vous ses pas : Je sors, et vais me joindre à la troupe fidèle Qu'attire de ce jour la pompe solennelle.

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